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L’AFD et les sociétés fragiles : Témoignage de Jean-Bernard Véron

Publié par Objectif Développement , le

Lumière sur ceux qui agissent dans ces pays troublés par la guerre, par de graves crises économiques ou politiques ou par des catastrophes naturelles… Le témoignage de Jean-Bernard Véron.

Jean-Bernard Véron est responsable de la cellule de prévention des crises et de sortie de conflit à l’Agence Française de Développement. Il explique que l’aide au développement doit traiter les fragilités des Etats instables.


Les Etats ou sociétés fragiles : un défi pour l’AFD

L’AFD s’implique de plus en plus dans la prise en compte des contextes instables. Ces situations de crise peuvent mettre en péril l’efficacité des actions de développement dans les pays concernés. Actrice de la construction de la paix et de la stabilité, l’Agence met l’accent sur le traitement préventif des situations de crises et de conflits.

JB Véron.JPGJean-Bernard Véron évoque plusieurs raisons dans l’adoption de la nouvelle stratégie de l’AFD en faveur des Etats fragiles. Selon lui, la première raison est la déstabilisation que peut provoquer l’aide au développement sur une société : « l’aide au développement n’est pas neutre vis-à-vis des contextes socio-économiques dans lesquels elle opère, du fait des montants qu’elle mobilise, des alliances qu’elle noue sur le plan local, des déplacements de richesses et de pouvoirs qu’elle produit ».

Ensuite, il pense qu’il est nécessaire d’adapter l’aide apportée en fonction du contexte local du pays d’intervention : « Un projet fondé sur une analyse fine du contexte dans lequel il s’insère peut prétendre traiter ces éléments de fragilité et de conflictualité ». Il cite comme exemple de réponse adaptée « la contribution à la réinsertion professionnelle d’ex-combattants en sortie de conflit ».

Enfin, plus d’un tiers des pays d’intervention de l’AFD sont des zones de conflit ou potentiellement en conflit. Le traitement de ces fragilités s’impose donc comme une évidence : « c’est ainsi qu’à côté de nos missions traditionnelles que sont l’appui à la croissance économique, les objectifs du millénaire pour le développement et la préservation de l’environnement, le traitement de ces situations fragiles ou instables est devenu une des finalités de l’AFD ».


Tisser du lien social et de la solidarité

La mission principale sous-jacente aux actions d’aide à la croissance économique menées par l’AFD est la création du lien social. C’est ce qu’explique Jean-Bernard Véron : « Derrière chacune de ces opérations, une idée force : produire du développement économique et social tout en traitant simultanément une cause de fragilité ». Différents projets viennent illustrer cette stratégie.

Il cite en exemple le Tchad où les programmes d’hydraulique pastorale facilitent la gestion de l’eau et des herbages : « l’AFD finance des projet d’hydraulique pastorale en faveur de l’élevage nomade. La multiplication des points d’eau permet de « diluer » les troupeaux dans l’espace et de retarder leur descente vers les terres agricoles du sud, ce qui réduit les conflits entre éleveurs et agriculteurs et facilite une gestion concertée des ressources naturelles ».

Autre illustration, en République centrafricaine : « à Bangui, les projets de voierie urbaine sous forme de « travaux à haute intensité de main d’œuvre » génèrent des emplois et des revenus, au profit notamment de combattants démobilisées qui sont ainsi réinsérés dans la vie civile ».


Les clés de la réussite

Jean-Bernard Véron explique tout d’abord, que la compréhension du contexte est essentielle : « l’expérience nous a enseigné que cette contextualisation fine, fondée sur une analyse socio-économique et politique fouillée, doublée d’une estimation des effets potentiels de l’intervention, est une des clés ».

Il met également en exergue la patience face à des situations fragilisées depuis des années : « la seconde vertu est la patience, car ces situations-là sont souvent fort complexes, pour être enracinées dans un terreau historique, géographique, économique, social  profond et ancien ».

Enfin, Jean-Bernard Véron reste lucide sur la difficulté d’améliorer durablement des situations instables mais conclue avec l’importance de la « non-démobilisation » de l’aide et la volonté dans ces pays fragilisés : « Au nombre des guérisons durables, nous ne pouvons guère citer aujourd’hui que le Cambodge et le Mozambique.[...]Je suis cependant fermement convaincu que la complexité de la tâche ne doit pas nous conduire à baisser les bras et à concentrer l’aide sur les bons élèves, ces pays qui se développent effectivement, prennent soin de leur population et affichent une bonne gouvernance de la choses publique ».


Son parcours

Jean-Bernard Véron est diplômé de l’Institut d’Etudes politiques de Paris, licencié en lettres et titulaire d’un DEA en sciences économiques et d’un DEA en sciences politiques.

Fort de son expérience de plus de 30 ans en matière de développement, il a été conseiller du directeur de la stratégie à l’AFD.

Il est spécialiste des thèmes sécurité et développement au sein de la revue de l’AFD  « Afrique contemporaine » dont il est le rédacteur en chef depuis 2006. (Afrique contemporaine n°218 Dossier Sécurité et Développement).


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