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Construire contre les marées à prey Nup au Cambodge

Publié par Objectif Développement , le

Prey Nup est le lieu où Marguerite Duras a vécu une partie de son enfance. Elle décrit dans son roman « Un barrage contre le Pacifique » la lutte acharnée de sa mère contre les marées de l’océan qui détruisaient les récoltes de riz. C’est là que l’Agence Française de Développement (AFD), entre 1998 et 2008, a réhabilité une ancienne digue et construit une trentaine d’ouvrages pour contenir les mêmes marées. L’agence a également initié la création d’une association d’agriculteurs pour gérer ces infrastructures. Une construction sociale inédite dans ce pays marqué par le collectivisme et le génocide khmer rouge.

 

Des polders endommagés

Au Cambodge, la question agraire est un sujet sensible : traumatismes liés à l’Histoire, faible fertilité des sols, aléas climatiques, insécurité foncière. Associés à une forte croissance démographique, ces facteurs menacent l’autosuffisance alimentaire du pays. La riziculture représente 90% des terres cultivées mais est peu performante car les agriculteurs manquent de connaissance en matière d’irrigation et de maîtrise de l’eau.

A Prey Nup, les polders, (étendues artificielles de terre conquise sur la mer ou sur une autre étendue d’eau grâce à des digues, des barrages) sont fortement endommagés. En 1997, près d’un tiers de leur surface n’est plus cultivé et leurs infrastructures hydrauliques sont très détériorées. L’intrusion des eaux salées a nettement entamé la fertilité des sols, réduisant les habitants à une grande pauvreté.

Le gouvernement cambodgien a donc fait appel à l’AFD pour endiguer les marées de l’océan.

 

Prey Nup, Cambodge : construire contre les marées
envoyé par aideaudeveloppement. – L’info internationale vidéo.

 

Une hausse doublée des rendements et de la production rizicole

En 2002, une digue de près de 90 km voit le jour et bloque les entrées d’eaux salées. 36 ouvrages de drainage et de régulation sont réalisés.

Prey Nup digue.JPGUn des plus vastes espaces de riziculture du pays, soit 11 000 hectares, est protégé des intrusions d’eaux salées. Près de 1 000 familles vivent sur cette surface et sont autosuffisantes. De plus, certaines d’entre elles peuvent vendre une partie de leur récolte. Ces familles peuvent investir dans du matériel, envoient leurs enfants à l’école et améliorent leur maison. C’est ce qu’explique Khvan Sam Heng, agriculteur : « Avec la digue, notre niveau de vie a changé. Nous pouvons cultiver le riz, avant nous ne pouvions pas. C’était à cause de l’entrée de l’eau salée. Avec la digue on peut cultiver presque 90% de la terre. Maintenant notre rendement a augmenté. Les enfants peuvent aller à l’école. »

En effet, la hausse des rendements moyens a plus que doublé : 1,7 tonne par hectare en 1997 à 2,7 tonnes par hectare en moyenne en 2008. La production rizicole a elle aussi doublé avec une hausse de la valeur de la production de 1,5 million de dollars par an.

 

Un mode de gestion  assuré par les usagers

Prey Nup riz.JPGL’originalité du projet s’inscrit dans le mode de gestion des nouvelles infrastructures assuré par une organisation d’usagers, la CUP (Communauté d’usagers des polders). Cette association d’agriculteurs est composée de 1500 membres démocratiquement élus. Elle est chargée de la gestion de l’eau dans les périmètres irrigués, de l’entretien des canaux, des ouvrages et des digues. La CUP s’occupe également de la collecte de la redevance, garantissant la durabilité du projet.

Chaque propriétaire verse annuellement une somme modeste et le budget est géré par les riziculteurs. Yim Boy, président de la CUP témoigne : « On est des villageois, on s’entraide, chacun paie pour entretenir les infrastructures de notre digue. Tout le monde participe. Avant de construire on a fait un sondage. On a demandé aux villageois s’ils allaient participer au paiement pour entretenir la digue. Ils ont dit oui. Ils étaient d’accord pour payer le prix de l’usage de l’eau, pour entretenir les infrastructures de la digue. »

Financièrement indépendante depuis 2008, cette communauté reste fragile : elle ne peut compter que sur les revenus des agriculteurs et sur la qualité des récoltes. Cependant, cette organisation représente une construction sociale inédite dans ce pays marqué par le collectivisme et le génocide khmer rouge.

 

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Classé dans : Agriculture Asie Eau / Assainissement
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Une réponse à "Construire contre les marées à prey Nup au Cambodge"

  1. bravo groupe de recherche