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Convention sur la Diversité Biologique 2010 : témoignage de Julien Calas du FFEM

Publié par Objectif Développement , le

La dixième Conférence des Parties à la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) s’est tenue du 18 au 29 octobre à Nagoya où un « plan d’action stratégique d’action pour 2020 » a été adopté. Julien CALAS, expert spécialiste de la biodiversité au Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM), revient sur la protection de la biodiversité, ses enjeux, ses moyens et ses résultats.

Les enjeux de la protection de la biodiversité

130 chefs d’Etats se sont réunis à Nagoya pour définir de nouvelles stratégies pour  préserver la biodiversité mise en danger par les activités humaines. L’objectif de la CDB est de à fixer « 20 objectifs stratégiques pour 2020 » pour protéger la nature et freiner le rythme alarmant de disparition des espèces, avec en particulier l’extension des aires protégées à travers le monde, sur terre comme en mer. Julien Calas, spécialiste au FFEM des questions de diversité biologique, revient sur les enjeux liés à la protection de la biodiversité :

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« Comme le montre bien le rapport sur l’économie des écosystèmes et de la biodiversité coordonné par l’économiste Pavan Sukhdev (rapport rendu public au début de la conférence), la biodiversité a une valeur économique, notamment à partir des services environnementaux rendus par les écosystèmes et indispensables à notre survie (eau potable, médicaments, régulation du climat, pollinisation, réduction de l’érosion, etc.).

La CDB est un traité international ayant objectif de conserver la biodiversité, qui permet le fonctionnement et le maintien de la vie sur notre planète et donc aussi le fonctionnement de nos sociétés et de nos économies. »

 

© Crédit : AFD


En 2002, les pays participant à la CDB se sont engagés à « parvenir d’ici à 2010 à une réduction significative du rythme actuel d’appauvrissement de la biodiversité ». Cependant, ces objectifs n’ont pas été atteints. C’est ce qu’explique Julien Calas :

« Malgré de nombreux efforts, ces objectifs n’ont pas été atteints, notamment en matière de protection des écorégions les plus importantes de la planète. L’objectif pour 2010 de 10% de protection de chaque région écologique n’a été atteint approximativement que dans 55% de toutes les écorégions terrestres. Environ 13% des zones terrestres et 5% des zones côtières sont protégées, alors que très peu (environ 1%) des océans sont protégés. La communauté internationale accuse donc un retard important dans le domaine marin. De plus, même si les aires protégées terrestres se sont multipliées, leur gestion et la pertinence du choix des sites ne sont pas toujours optimales. La biodiversité continue donc malgré tout de se dégrader.

De nombreux indicateurs permettent de mesurer la biodiversité sur terre : les indicateurs biogéographiques par photo-satellites (notamment pour la couverture forestière), la liste rouge de l’UICN, le calcul et l’analyse de l’empreinte écologique du WWF, la mesure des surfaces d’aires protégées et leur degré de gestion plus ou moins efficace, etc. Aujourd’hui, de nombreux débats visent à compléter ces indicateurs physiques par des indicateurs économiques. »

Les pays en développement : les plus concernés par la protection de la biodiversité

15 000 représentants de 193 Etats étaient présents à Nagoya. Julien Calas distingue parmi eux, 3 groupes de pays prenant part aux négociations :

  • « les pays émergents, dont les économies en transition sont les plus consommatrices et qui ont donc de gros besoins pour se développer (d’après le rapport TEEB - The Economics of Ecosystems and Biodiversity – 89% du PIB de la population la plus pauvre du Brésil est fourni par les services écosystémiques). Le Brésil, qui abrite la plus grande partie de l’immense bassin amazonien (10% de la totalité des espèces connues de la planète y vit), a insisté tout au long des débats sur la nécessité d’arriver à un accord sur un partage équitable des ressources. « Il faut stopper la biopiraterie [...]. Pour nous, il est inacceptable de ne pas avoir un cadre légal sur ce point », a averti Izabella Teixeira, la ministre brésilienne de l’Environnement.
  • les pays en développement, dont les populations sont les plus dépendantes des services environnementaux pour leur survie et donc les plus affectées par la dégradation des écosystèmes.
  • les pays dits développés, qui jouent un rôle historique dans la conservation de la biodiversité »

La question de l’aide financière aux pays en développement pour la protection de leurs écosystèmes est l’un des points-clé des négociations. C’est dans ces pays que se concentre la plupart des espèces naturelles : « La plus grande biodiversité se trouve sous les tropiques. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’efforts sont concentrés dans cette zone pour préserver les écosystèmes. Certains regrettent cette situation qui exclut d’autres zones écologiques, comme les zones désertiques par exemple, où de nombreuses espèces endémiques adaptées à des conditions écologiques tout à fait exceptionnelles ou pouvant assurer des fonctions de régulation importantes sont pourtant menacées de disparition dans l’indifférence générale » précise l’expert du FFEM.

Secteurs public et privé : les actions en faveur de la protection de la biodiversité

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Enjeu central de la CDB, le « protocole APA » ou ABS, (protocole pour l’accès et le partage des avantages tirés de l’exploitation des ressources génétiques), devenu « protocole de Nagoya », a été voté. Réclamé par les pays en développement et bloqué depuis huit ans, il entrera en vigueur en 2012. Ce protocole permet d’organiser la rétribution des pays possédant des ressources génétiques utilisées par les entreprises, des secteurs de la chimie ou de l’agriculture notamment. « Le protocole de Nagoya est historique car il assure que l’immense valeur des ressources génétiques sera partagé de façon plus équitable », explique Jim Leape, directeur général du WWF-International. Désormais, les pays donneront leur accord pour l’exploitation de leurs ressources. Ce qui veut dire qu’une entreprise ou un organisme de recherche devra déposer une demande officielle auprès des autorités du pays concerné. Ce dernier donnera son consentement pour l’utilisation de la ressource.

 

© Crédit : Jean-Yves Clavel – AFD

Julien Calas revient sur les moyens qu’emploient les secteurs public et privé pour protéger la biodiversité :

« Le secteur public agit à travers la mise en place de réglementations et de cadres politiques visant à préserver la biodiversité, mais aussi par des moyens financiers, que ceux-ci correspondent à des subventions, à des taxes ou à des incitations fiscales. Une partie d
es débats à Nagoya portaient sur la réduction des incitations fiscales et des subventions susceptibles d’avoir un effet néfaste sur la biodiversité. »

« Le secteur privé, lui, a davantage recours au mécénat pour le moment. Toutefois, les entreprises sont toutes dépendantes à des degrés divers des services environnementaux pour poursuivre leurs activités. Elles doivent donc évaluer leur dépendance aux écosystèmes et mettre en œuvre des démarches de développement durable en interne pour s’assurer que leur schéma de développement valorise les services environnementaux sans pour autant les dégrader. Ces démarches rassemblent toute une panoplie d’outils allant de l’éco-conception des produits, à la mise en place de démarche de responsabilité sociale et environnementale sur les approvisionnements jusqu’à la certification des produits fournis par l’entreprise. »

« Enfin, les fonds fiduciaires de conservation sont aussi bien alimentés par le secteur public que le secteur privé pour préserver la biodiversité à très long terme. Ils visent à constituer un capital, comme une « assurance vie », dont seul le produit des intérêts est destiné à financer à perpétuité les activités de conservation de la biodiversité que ni les Etats ni les acteurs de marché ne parviennent à financer. Ce sont les seuls outils qui ont prouvé depuis près de 20 ans leur capacité à financer de manière stable et transparente des activités de conservation de la biodiversité. »

 

Julien Calas du FFEM revient sur l’aide de la France pour la biodiversité sur le blog de l’AFD

 

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