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Les 10 ans d’intervention de l’AFD dans les Territoires Palestiniens : témoignage d’Hervé Conan

Publié par Objectif Développement , le

A l’occasion des 10 ans d’intervention de l’Agence Française de Développement (AFD) dans les Territoires palestiniens, Dov Zerah, Directeur général, s’est rendu sur place pour célébrer l’événement Il a signé une convention, visité plusieurs projets et rencontré de nombreux décideurs. Hervé Conan, Directeur de l’agence à Jérusalem, revient sur ce contexte particulier d’intervention.

L’intervention de l’AFD : entre urgence et développement

L’AFD a fêté le 17 octobre dernier à Ramallah ses dix ans d’intervention dans les Territoires palestiniens. Etaient présents à cet événement, Dov Zerah, Directeur général de l’AFD, Frédéric Desagneaux, Consul général de France à Jérusalem et le Premier ministre de l’Autorité Palestinienne, Salam Fayyad. Dov  Zerah a signé une convention et visité des projets d’infrastructures urbaines et d’alimentation en eau dans les Gouvernorats de Naplouse et Jénine, et de la zone industrielle de Bethléem.

L’AFD a engagé dans les Territoires palestiniens 180 millions d’euros de subventions. L’activité de l’Agence à Jérusalem répond à deux enjeux majeurs :

  • contribuer à l’émergence d’un Etat palestinien viable, en renforçant les institutions et en mettant en place les conditions d’un développement pérenne,
  • préserver la cohésion et la paix sociales.

C’est dans le cadre des accords d’Oslo, processus en faveur de la résolution du conflit israélo-palestinien, qu’intervient l’AFD. La deuxième Intifada en 2000, les élections politiques de 2006 et la prise du pouvoir par le Hamas à Gaza en 2007 ont rendu la conduite des projets complexe. Difficulté aggravée par le déclin de la situation économique et sociale. Hervé Conan, directeur de l’Agence à Jérusalem revient sur ce contexte d’intervention :

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« Intervenir dans les Territoires palestiniens est inévitablement particulier. Mes prédécesseurs ont dû développer des projets durant la seconde intifada et trouver des parades pour que les activités puissent se poursuivre lorsque le Hamas était aux commandes de l’Autorité palestinienne dans la bande de Gaza. »

L’action de l’AFD s’est réorientée vers des opérations plus décentralisées et créatrices d’emplois locaux. En parallèle, elle maintient le financement de projets d’infrastructures lourdes, nécessaires au développement pérenne. Plus de 650 000 personnes, soit 20% de la population locale, bénéficient des réalisations de l’AFD.. La bande de Gaza, qui pâtit de la dégradation du contexte politique reste également une préoccupation en termes de financement. Hervé Conan précise les objectifs des actions menées :

 

© Crédit Photos : AFD

« Oui, nous avons monté des projets visant à apporter des revenus directs  à la population (« job creation ») via des projets d’infrastructures à haute intensité de main d’œuvre ou des projets d’infrastructures pour des communautés particulièrement affectées par le conflit (situés en zone C* ou près du mur), ou un projet en réponse aux problèmes psychologiques liés au conflit. Néanmoins, notre objectif est clairement tourné vers le développement des Territoires palestiniens avec pour mandat de renforcer la capacité des partenaires avec lesquels nous travaillons. Nous accompagnons la construction du futur Etat palestinien et tentons d’améliorer les conditions de vie des populations. Les projets que nous mettons en place appuient des politiques sectorielles et des mécanismes de financement innovants qui préfigurent les modalités de financement d’un gouvernement en faveur des municipalités et de la société civile par exemple. »

* La Cisjordanie est découpée en 3 zones : la zone A qui représente 18% de la surface totale et dont  la gestion  administrative et la sécurité sont  sous responsabilité palestinienne, la zone B (22% du territoire) dont seule la gestion administrative est sous responsabilité palestinienne et la zone C qui est sous  la seule responsabilité israélienne et qui représente 60% du territoire.


 


Intervenir au quotidien : agir avant tout pour le développement

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« La particularité du travail de l’Agence est liée au fait que notre bureau est à Jérusalem et que la grande majorité de nos interlocuteurs n’ont pas les autorisations pour y accéder. C’est donc l’équipe opérationnelle de l’agence qui se déplace à Ramallah, où se situent les ministères, ou dans les municipalités où nous intervenons. Nous avons un peu l’impression d’être un bureau mobile. En fonction des jours, de la circulation et des attentes au check-point, Ramallah est de 20 mn à 1h de Jérusalem. Nos partenaires travaillent selon un horaire continu de 9h à 14-15h. Nous passons la plupart de nos matinées et début d’après-midi à Ramallah puis retournons à Jérusalem l’après-midi pour des réunions d’équipe ou avec les partenaires bailleurs de fonds basés comme nous à Jérusalem. La pause déjeuner est rare et souvent utilisée pour une réunion de travail informelle. Le contexte spécifique géopolitique des Territoires palestiniens engendre de nombreuses missions gouvernementales et d’acteurs de la coopération décentralisée que nous recevons généralement en fin de journée, et si possible avec nos collègues du Service de coopération et d’action culturelle (SCAC).

© Crédit Photos : AFD

La coordination des déplacements des cinq membres de l’équipe est un point très important dans notre organisation sachant que nous avons un chauffeur et  trois véhicules dont un blindé et que pour Gaza, il est nécessaire de demander un accord préalable aux services de sécurité israéliens une semaine avant : cela suppose une programmation des missions assez fines pour tenir compte des différentes priorités et engagements que nous avons à Ramallah et Jérusalem… »

« Je crois que ce qui marque le plus dans notre travail au quotidien avec nos partenaires de l’Autorité palestinienne, c’est leur capacité de résilience et leur dynamisme, malgré un processus de paix sans fin, à toujours être positif dans la mise en œuvre des projets.

« Lorsque nous participons à une réunion de travail à Gaza avec nos partenaires, nous pouvons très vite oublier que nous sommes à Gaza, dans un endroit de la Terre vivant dans un contexte très particulier, coupé du reste du monde, d’où nos int
erlocuteurs ne peuvent qu’exceptionnellement sortir. Ils nous orientent vers des discussions reposant sur des logiques de développement et non d’urgence. Il est donc important de ne pas oublier pourquoi nous sommes là, ne pas s’impliquer sur les enjeux politiques du conflit et tout faire pour faire notre métier d’agent de développement. »


Retrouvez la suite du témoignage d’Hervé Conan sur les projets de l’AFD dans les Territoires Palestiniens.

 

Pour aller plus loin :

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Une réponse à "Les 10 ans d’intervention de l’AFD dans les Territoires Palestiniens : témoignage d’Hervé Conan"

  1. Merci pour ce témoignage!
    En partage un web documentaire « Gaza (palestine)-Sderot (Israel), la vie malgré tout »

    et la réflexion d’un éducateur au développement et à la solidarité internationale ou comment traiter cette problématique complexe, ici, à des fins non militantes mais éducatives? Un véritable défi…difficile mais nécessaire!

    http://educationaudeveloppement.solidairesdumonde.org/archive/2010/03/20/gaza-paestine-sderot-israel-la-vie-malgre-tout-une-web-initi.html

    A bientôt

    Jérôme Martin
    Animateur-formateur en éducation au développement et à la solidarité internationale