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Genre et développement : la place centrale des femmes

Publié par Objectif Développement , le

Jean-Michel Mignot, de la Cellule d’Appui environnemental et social de l’AFD, revient sur le rôle des femmes dans le processus de développement, leur prise en compte dans les projets et l’évolution des certifications internationales en leur faveur.

 

Moins d’un dollar par jour. C’est la somme avec laquelle vivent environ 1,5 milliard de femmes à travers le monde. On assiste donc à un nouveau phénomène : la « féminisation de la pauvreté ».  En moyenne, dans le monde, les femmes ne gagnent guère plus de 50 % de ce que gagnent les hommes. C’est ce que montre l’étude Les disparités de genre dans le marché du travail en Afrique, publié par l’AFD et la Banque Mondiale. Par exemple, il y a 10 ans, les revenus du travail des femmes étaient de 75 % de ceux des hommes au Ghana, 51 % au Nigéria, 45 % au Mozambique et 23 % au Burkina Faso…

Jean-Michel Mignot nous rappelle que  « les femmes constituent la population la plus vulnérable ». Elles sont, en effet, les premières victimes dans des contextes d’insécurité alimentaire, d’exclusion du système éducatif ou dans le monde du travail.

© Crédit photos AFD

« Les femmes sont au cœur du processus de développement »

M. Mignot fait le lien entre la rémunération des femmes et le développement : « Il est tout aussi unanimement reconnu qu’une augmentation des revenus des femmes profite immédiatement à l’accroissement du bien-être de leur famille toute entière. L’augmentation de la durée de la scolarisation des filles permet à leurs futurs enfants d’être mieux soignés et mieux éduqués. Dès que les femmes disposent d’un surplus économique, elles en réinvestissent une partie dans la santé et l’éducation. »

La prise en compte du genre dans les interventions de l’AFD

 

Favoriser l’égalité hommes/femmes : c’est dans cette perspective que l’Agence inscrit sa réflexion et son action autour du genre. Son intervention s’intègre, évidemment, dans le cadre des conventions et des programmes issus des conférences internationales approuvées par la France.

Sur le plan opérationnel, l’AFD mène un travail méthodologique pour diffuser des recommandations concrètes et des outils : « l’AFD s’est dotée d’indicateurs « sexo-spécifiques » dans le domaine de la santé, de l’éducation et de la microfinance », explique Jean-Philippe Mignot. Il cite également le secteur de l’eau et de l’assainissement où l’implication des femmes est une priorité dans la réussite des projets : « Chacun sait que les femmes sont des actrices indispensables à une bonne gestion des bornes-fontaines et autres dispositifs de distribution ».

Marqué par deux projets phares, Jean-Michel Mignot témoigne de l’implication des femmes dans la réussite des actions de développement :

  • La réhabilitation des pistes au Kenya : « Dès la conception du projet, l’emploi des femmes dans les travaux de réhabilitation des pistes était une exigence commune à l’ensemble des acteurs. Les entrepreneurs chargés des différents tronçons ont pu accéder à des formations adaptées. Le taux d’emploi féminin devait constituer une part des rapports d’avancement ».
  • L’accompagnement de la réserve naturelle de Limpopo au Mozambique : «  [...] montre clairement l’importance des femmes pour la réussite d’un projet. Les femmes sont des utilisatrices importantes du milieu naturel où elles collectent de nombreuses ressources sauvages et sont très impliquées dans les travaux agricoles. Leur participation et leur compréhension aux mesures de préservations sont essentielles. L’assistance technique et le personnel de la réserve ont développé un large panel d’activités destinées aux femmes dont certaines génère des revenus ».

Malgré tout, Jean-Michel Mignot évoque les obstacles liés à la prise en compte du genre dans les projets : « La difficulté, la complexité ou l’obligation de rapidité d’une négociation peut conduire l’ensemble des parties prenantes à éluder la question du genre. Cette problématique vient s’ajouter à tous les paramètres d’un projet et peut paraître plus complexe à traiter que les autres conditions financières, techniques ou éthiques. Surtout que, généralement, l’ensemble des négociateurs a une maîtrise limitée de ces questions. »

© Crédit photos AFD


Le cadre juridique du genre

Les thématiques liées au genre sont cadrées par une seule certification internationale et généraliste : la norme SA8000. Basée sur les conventions de l’OIT et de l’ONU, cette norme est à la disposition des entreprises qui chercheraient à prouver qu’elles garantissent le respect des droits fondamentaux des travailleurs dans leurs opérations (filiales et fournisseurs), partout dans le monde (source IFME).

Cependant, il existe des engagements volontaires prenant en compte la problématique du genre. Jean-Philippe Mignot nous en cite quelques uns : « la nouvelle norme ISO 26000, les principes de l’Equateur, le Global Compact signé par l’AFD.. . ». En effet, ce Pacte mondial invite les entreprises à adopter un ensemble de 10 valeurs fondamentales dans les domaines des Droits de l’homme, des normes du travail, de l’environnement et de la lutte contre la corruption.

Il conclut donc sur le rôle qu’ont les entreprises à jouer en faveur du genre et de la place des femmes : « La prise en compte de la question genre et de la lutte contre les discriminations constitue une part inévitable de toute politique de responsabilité sociale et environnementale digne de ce nom ».

Pour aller plus loin :

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Une réponse à "Genre et développement : la place centrale des femmes"

  1. Je suis très intéresser par cette informations, nous travaillons dans le même domaine dans la région Afro-equatorienne en Équateur. Pouvons nous avoir plus d’informations concernant ce sujet.
    Voici notre page Web : http://www.cedeal.org
    Patricia Vivent
    Cedeal