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Les petits exploitants, des acteurs essentiels pour éviter les crises de demain ?

Publié par Objectif Développement , le

2709810013_e9098605c4.jpgDans le cadre de la conférence « Vers l’éradication de la faim » qui se tiendra les 19 et 20 mai au Collège de France, retrouvez des interviews de spécialistes.

Pour y voir plus clair sur ces différents moyens et leur mise en oeuvre, l’AFD a réalisé un entretien avec des intervenants de la conférence internationale organisée par le Professeur Ismail Serageldin, titulaire de la chaire « Savoirs contre pauvreté – AFD » du Collège de France.

 

Présentation des intervenants de la conférence « Vers l’éradication de la faim » interviewés

Margaret Catley-Carlson est membre du conseil consultatif sur l’eau et l’assainissement du Secrétaire général de l’ONU ainsi que du conseil sur l’eau du Forum économique mondial. Elle a également été Secrétaire d’État à la Santé au Canada.

Michel Griffon est conseiller scientifique de l’Agence nationale de la recherche (ANR) et président du conseil scientifique du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM).

 

AFD : Pourquoi ce mépris de la productivité des petites exploitations familiales ?

M. Catley-Carlson : Il y a probablement 450 millions de petits exploitants qui possèdent moins de 2 ha de terre chacun, soit près de 2 milliards de personnes qui vivent directement de ces petites exploitations. Ces exploitants sont laissés de côté parce qu’on estime qu’ils ne sont pas déterminants pour résoudre les insuffisances alimentaires tant aux niveaux national, régional que mondial.
Ils sont pourtant des acteurs essentiels de la réduction de la pauvreté et du développement rural. En effet, mettre ces petits exploitants en contact avec le marché local et leur permettre l’accès au crédit, ainsi qu’aux autres mécanismes financiers (comme l’assurance des récoltes), seraient les moyens les plus efficaces pour améliorer leur sort. Les petites exploitations pourraient produire davantage par hectare. Mais pour cela, encore faudrait-il qu’elles puissent se procurer les apports de l’agriculture moderne, tels que les semences améliorées ou encore les engrais et qu’elles puissent les utiliser.

M. Griffon : Les exploitations familiales sont nombreuses. Or, à l’avenir, l’alimentation des villes est entre leurs mains. Il n’y a pas d’autre alternative. Afin d’aider ces paysans à produire davantage, il faut mettre en place des politiques complexes d’accompagnement car ils doivent apprendre comment le marché fonctionne et cela peut prendre du temps.

N’hésitez pas à contribuer par vos commentaires et suggestions sur chacune des questions : ils seront utilisés lors de la conférence !

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Pour plus d’informations sur cette conférence :

Crédits photo : World Bank – Creative Commons

Classé dans : Agriculture Croissance Environnement Témoignages
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5 réponses à "Les petits exploitants, des acteurs essentiels pour éviter les crises de demain ?"

  1. j’interviens en Afrique du Sud et en Inde dans le cadre de la production de plantes medicinales à usage loco-régional:
    - en Inde, le but étant de produire des traitements et des régimes alimentaires de type alimentation fonctionelle par des femmes issus des milieux les plus défavorisés (Dalits dites « intouchables »). Au Tamil Nadu, des coopératives féminines ont été crée aprés une éducation à l’utilisation et la mise en culture de plantes alimentaires et médicinales, à travers la mise en place de jardinets familiaux (30.000 familles réparties dans 600 villages)
    - en Afrique du Sud , en partenariat avec le MRC (Medical Research Council) nous avons développé un « régime alimentaire à vocation thérapeutique », dont le but est la restauration de l’immunité des populations les plus démunies (malnutrition) trop souvent victimes de multiples maladies. Ce programme est soutenu par le Gvnmt Sud Africain qui a mis a disposition d’importantes surfaces cultivables et devrait permettre à deux ans de creer plus de mille emplois en milieu rural défavorisé.

  2. Bonjour Gérard et merci pour votre témoignage : il sera évoqué lors de la conférence du Collège de France les 19 et 20 mai prochains.

  3. Tout à fait d’accord quant à l’importance stratégique du rôle à jouer par les exploitations familiales dans la sécurité alimentaire …mais il faudrait au moins arriver à lever 2 barrières essentielles qui bloquent l’impact potentiel des petits producteurs 1) leur faible productivité 2) l’écoulement (vente) de leur production …un usage adapté des outils TIC pourrait contribuer à lever ces barrières …le téléphone portable est maintenant largement utilisé dans les PVD y compris par ces petits producteurs …Pourquoi ne pas les aider à utiliser cet outil pour améliorer leurs méthodes de cultures et pour vendre leurs produits à meilleur prix et sur un marché élargi ? pour plus d’infos voir mon Blog http://tic-developpement.com

  4. Merci de votre avis Blanchard !

  5. Quelques explications, quelques suggestions et quelques propositions suite à une enquête pour la FAO:

    INTERVIEWS & INFOS :
    -) Michel Merlet,
    -) Lorenzo Cotula (IIED)
    -) Paul Mathieu (FAO),…

    DEFINITION :
    -) L’accès à la terre représente l’ensemble des procédés par lesquels les citoyens, individuellement ou collectivement, acquièrent les droits et les opportunités leur permettant d’occuper et d’utiliser des terres (à des fins de production, économiques et sociales), temporairement ou ad vitam, aussi appelés : droits d’usage et droits coutumiers.

    -) Les cessions de terres ne sont pas nouvelles (cf.concessions de minerais, caoutchouc, bananes & fruits avec DOLE, CHIQUITA, UNILEVER (palmiers),…), la nouveauté est cette extension à l’agriculture sur base d’accords « volontaires » entre Etats indépendants et non plus sous contrôle colonial mais financier.

    ETAT DES LIEUX :
    LE BOOM
    La FAO et nombre d’acteurs évoque un néocolonialisme agraire et une biopiraterie ayant pris son essor avec la crise de 2008, les fluctuations extrêmes des prix des matières premières et du pétrole ayant aboutis à des émeutes de la faim ; à la conscientisation pour les pays : du danger et du coût d’un approvisionnement dépendant essentiellement du marché mondial et à la transformation des terres et des semences en actifs stratégiques spéculatifs, plus sûrs pour les capitaux boursiers.
    En un an, des dizaines de millions d’hectares sont ainsi passés sous le contrôle de quelques grands groupes, représentant des pourcentages parfois élevés des surfaces agricoles des pays concernés. Bien que la moitié des terres arables mondiales soit disponible, l’Afrique, par exemple, n’a pas ou peu de bonnes terres libres .

    LES ACCAPAREURS
    Même si tous recherchent le profit immédiat, les accapareurs sont soit surtout dans une logique de production agricole, soit de fonds d’investissements privés jouant sur la valeur capitalistique des terres arables.
    -) Les pays investisseurs justifient ces « accaparements » en vue d’assurer la propre sécurité alimentaire et énergétique de leur population, ne disposant pas de terres de qualité, ni d’eau ou de ressources énergétiques propres suffisantes (Arabie Saoudite, Qatar, Bahreïn, Corée, Libye, Chine, Pays du Golfe, EAU, Egypte, Malaisie, Inde, Japon,Koweït,…) au travers d’ accords « win win » de pacotille pour les pays du Sud.
    Au rang de ces investisseurs privés, plusieurs pays du Nord (Allemagne, Suède, …) voient leur intérêt dans l’achat de biens fonciers à bas prix ou avec des baux emphytéotiques à 1€/an sur 99 ans sans impôt foncier, une main d’œuvre locale donnée, une défiscalisation partielle ou totale des activités et des biens de l’entreprise par l’état hôte, des terres adaptées à la production d’ agrocarburants et des subventions/rentes de nos politiques. (Exemple avec la directive Energie renouvelable du parlement européen de décembre 2008 : atteindre les 10 % d’agrocarburants d’ici 2020 malgré l’impossibilité de les produire sur les terres européennes, produisant un effet de rentes sur les terres lointaines).

    LES PROMOTEURS – VENDEURS
    Les Etats souverains, anciens pays colonisés, font souvent la promotion des investissements étrangers seuls capables –selon eux – de tirer le meilleur parti des ressources et des terres du Sud grâce à leurs capitaux, à la supériorité de la grande production technologique sur la production familiale ou paysanne.
    La FAO, la Banque mondiale, Via Campesina et d’autres contredisent cette thèse qui ne tient pas compte des connaissances ancestrales, climatologique, environnementales et du terrain qu’en ont leurs paysans, dont la productivité dépasserait certainement celle de ces grandes entreprises si on leur allouait les mêmes moyens agricoles.

    LES RAISONS
    Si les Elites de ces Etats hôtes appliquent ce principe de « domanialité » hérité du colonialisme au profit des investisseurs privés et au mépris des droits d’occupation, d’usage, historiques et coutumier de sa paysannerie, c’est par dédain et méconnaissance de cette dernière et de ses savoir-faire . Ils l’estiment responsable de la sous-utilisation des terres vu leur manque de moyens divers.
    Ils justifient leurs facilités à ces investissements étrangers sous couvert d’être générateur de développement pour la population au travers de leurs structures de production compétitives, économiques et efficaces contrairement aux producteurs locaux. Ils les avancent comme une solution à la pauvreté, la sous-alimentation, aux infrastructures et moyens de communication défaillants grâce également aux prêts financiers consentis par ces investisseurs.

    LES RISQUES (SOCIAUX, ENVIRONNEMENTAUX, POLITIQUES, ECONOMIQUES, FONCIERS…)
    -) Ces Etats receveurs d’investissements cèdent des avantages à long terme et des biens précieux comme la terre, contre des avantages financiers court terme. Ils pourraient ainsi perdre une partie du contrôle et de la souveraineté de cette ressource terrestre majeure.
    -) Le vol des terres de ces populations, la négation de leurs droits coutumiers historiques, aurait fait plus d’un milliard de personnes considérées comme« squatters » .
    -) Cette marchandisation de la terre par la capture des richesses et des rentes, licitée par des contrats « volontaires » conclu avec un rapport de force inégalitaire financièrement, techniquement comme juridiquement, accélère le chômage avec la mécanisation, la prolétarisation, la migration, la biopiraterie des semences et la disparition irréversible d’une population rurale(la moitié de l’humanité) et de son savoir. Notre productivité agricole mécanisée étant 200 fois supérieure à la leur, ils ne peuvent pas lutter même sur leurs propre marché avec des prix à la tonne de 100 $ pour les USA, 160€ pour l’Europe et 700 à 800€ pour les PED.
    -) D’où cette qualification de néocolonialisme agraire devant des pays étrangers aptes à dicter et contrôler la politique et la production agricoles ainsi que l’usage des terres d’un autre pays, à en exclure ou en exploiter ses petits producteurs.
    -) Les déplacements de ces réfugiés agricoles ne peuvent qu’aggraver la pauvreté, l’insécurité alimentaires, les risques de conflits ( sociaux, piraterie dans le Golfe d’Aden,etc), le grossissement des bidonvilles et de l’immigration clandestine vers les pays « développés ».
    -) Les productions monocultures intensives étrangères ont également une logique de rentabilité court terme, ne prenant pas en compte leur possible destruction massive par un parasite ou un problème climatologique et les désastres conséquents à des milliers d’hectares ainsi réduits à néant : désastres climatique, environnemental et social irréversibles (ex : suite à la destruction de forêts primaires ; les réfugiés agronomiques,…).
    Majoritairement le risque est plus d’une spoliation que d’une réelle opportunité pour les pays du sud. De rares Etats souverains comme le Niger n’ont pas cédé aux sirènes des investisseurs étrangers, leur pays, leur économie et leur développement actuels leur donnant raison d’avoir privilégier la population à la spéculation et à la corruption.

    LES SOLUTIONS POSSIBLES (DE REGULATION DE CET ACCAPAREMENT DES TERRES)
    Les solutions ont trait aux concepts de l’économie politique, des questions foncières et du droit international.
    -) Il est urgent de sécuriser et de légaliser les droits fonciers existants, surtout ceux des communautés paysannes et des petits fermiers (ex : En Afrique, 80% desdroits de propriété ne sont pas enregistrés par écrit). Les cessions de terres doivent faire l’objet d’une double négociation, nationale (entre parties signataires, Etats ou entreprises) et locale (avec les populations sur ces terres) afin de rétablir une « égalité » dans le rapport de force des acteurs en négociation.
    -) L’Etat hôte doit pouvoir mener sa propre politique agricole sans sacrifier ses petits producteurs, et ce, au travers dans un accord transparent, respectueux de la population, équitable et intelligent.
    -) Un tel accord doit permettre de cumuler production vivrière pour la population et production pour l’exportation ainsi qu’un réel développement rural sans spoliation avec le règlement d’un impôt foncier et des droits de douane.
    -) La solution idéale semblerait être une combinaison entre apports étrangers et locaux, soit une synergie entre capitaux, moyens techniques, agroforestiers, agro-écologiques et les expertises paysannes de leurs écosystèmes, de leur savoir ancestral.
    -) Les investissements reçus par les gouvernements hôtes seront une opportunité dans la perspective de développement rural global, nécessitant une vraie politique agricole de développement des infrastructures de production, de transformation et de commercialisation, qui soit ainsi créatrice de revenus, d’emplois et de redistribution à un maximum de population.
    -) Si des populations doivent être déplacées,ce doit être en contrepartie de compensations justes et réelles.
    -) Le marché devrait être utilisé à des fins de recherches des complémentarités.

    CONCLUSIONS
    Réunir dans une même main le droit d’usage de la terre, le droit de gestion et le droit de transfert/cession, transforme la terre en marchandise et en permet ces accaparements. Rendre ces deux derniers collectifs permettrait des régulations adéquates.