Le Mag

Les biocarburants, opportunité ou illusion ?

Publié par Objectif Développement , le

4885669236_244fd066e0_b.jpgDans le cadre de la conférence « Vers l’éradication de la faim » qui se tiendra les 19 et 20 mai au Collège de France, retrouvez des interviews de spécialistes.

Pour voir plus clair sur les différents moyens d’éradiquer la faim dans le monde et leur mise en oeuvre, l’AFD a réalisé un entretien avec des intervenants de la conférence internationale organisée par le Professeur Ismail Serageldin, titulaire de la chaire « Savoirs contre pauvreté – AFD » du Collège de France.

Présentation des intervenants de la conférence « Vers l’éradication de la faim » interviewés

Margaret Catley-Carlson est membre du conseil consultatif sur l’eau et l’assainissement du Secrétaire général de l’ONU ainsi que du conseil sur l’eau du Forum économique mondial. Elle a également été Secrétaire d’État à la Santé au Canada.

Michel Griffon est conseiller scientifique de l’Agence nationale de la recherche (ANR) et président du conseil scientifique du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM).

Peter C. Doherty a reçu le Prix Nobel en physiologie ou médecine en 1996 avec Rolf Zinkernagel pour avoir découvert comment le système immunitaire reconnaît les cellules infectées par un virus.

Jeffrey A. McNeely est l’ancien directeur du programme sur la Biodiversité à l’IUCN, il est maintenant directeur scientifique de cette institution. Il est également président d’Ecoagriculture Partners.

Dr. Mahmoud Solh a été directeur de la Division de la production végétale et de la protection des plantes à la FAO avant de devenir directeur de l’International Center for Agricultural Research in the Dry Areas (ICARDA) basé à Aleppo en Syrie.

Marc Van Montagu est directeur de l’Institut de biotechnologies des plantes pour les pays en développement à l’Université de Gand en Belgique et président de l’European Federation of Biotechnology (EFB) et du Public Research and Regulation Initiative (PRRI).

 

AFD : Pourquoi est-il difficile d’adopter une position ferme et claire sur les biocarburants ?

P. Doherty : Les biocarburants peuvent provenir de plusieurs sources qui ne compromettent pas nécessairement la production alimentaire. Par exemple, certains étudient la possibilité de produire des biocarburants à partir d’algues de culture. Si cela peut se faire sans utiliser les faibles ressources en eau ou entrer en compétition avec l’alimentation, alors cela pourrait être une approche intéressante.

M. Catley-Carlson : Le terme de « biocarburant » renvoie à une large gamme de produits et de procédés existants. Il faut préciser les différentes situations possibles. L’utilisation de biocarburants tels que le méthane, qui provient des déchets produits par les humains et les animaux, et donc n’entre pas en compétition avec la production alimentaire, peut apporter de l’énergie dans les zones isolées.
Les équipements agricoles, tels que les moulins à grain, peuvent être adaptés pour utiliser des biocarburants dans les zones rurales. Prenons le cas de l’Afrique centrale; ce serait formidable si cette région pouvait produire des biocarburants pour les voitures et les camions afin d’éviter les longs trajets depuis la côte pour aller chercher de l’essence. Mais l’impact des biocarburants sur les prix agricoles, par exemple, montre également qu’ils peuvent avoir un effet négatif sur les plus pauvres.

M. Griffon : Ce qui rend les biocarburants nécessaires, c’est essentiellement leur grande compétitivité en termes de pouvoir énergétique par unité de volume. Mais des régulations seront nécessaires dans la mesure où le marché ne peut pas décider des quantités de nourriture et de carburant qui doivent être produits dans une zone géographique déterminée.

Jeffrey A. McNeely : Les biocarburants sont un sujet délicat, encore jeune. Ils ont été la principale source d’énergie pendant les premiers millénaires de l’existence de l’Homme. Maintenant que nous consommons beaucoup d’énergie, les sociétés modernes se sont sensibilisées à la question de la durabilité des énergies fossiles, à leurs implications en termes de changement climatique, ainsi qu’à leur disponibilité et leurs alternatives.
À première vue, les biocarburants semblent une solution raisonnable. Après tout, les systèmes biologiques par nature sont renouvelables quand ils sont gérés correctement. Mais la première génération reposait sur des récoltes comme le maïs, le sucre de canne, la betterave et divers types d’huile. Cela a alimenté des critiques, selon lesquelles ce processus faisait augmenter les prix agricoles. D’autre part, des questions ont été soulevées au sujet des implications des biocarburants sur le changement climatique, de leurs besoins en eau, en énergie au cours de la production, leurs impacts indirects sur les sols et autres conséquences environnementales.
Mais d’autres options, plus productives, sont envisagées, telles que les algues, qui pourrait être bénéfique à plusieurs niveaux. Dans de nombreuses régions du monde, notamment en Chine et en Inde, des structures de production de méthane au niveau des villages permettent de satisfaire les besoins énergétiques localement, avec des technologies qui ne seraient probablement pas adéquates au niveau national, notamment en raison des frais de transports. Aucune position claire sur les biocarburants est disponible à ce jour, au niveau international, simplement parce qu’il est prématuré de parvenir à un impératif politique significatif.

Marc Van Montagu : Parce que c’est un sujet au contenu hautement économique et politique. Les groupes de pression qui défendent un point de vue idéologique ont tendance à générer une certaine désinformation. Il faut espérer que les physiciens et ingénieurs pourront rapidement parvenir à de meilleurs types de carburant, moins de déchets radioactifs lors des réactions nucléaires, des panneaux solaires plus efficaces et autres types d’énergies renouvelables.
En attendant, nous devrons utiliser au mieux ce que la science peut nous offrir pour essayer d’améliorer la photosynthèse, de transformer les déchets issus de l’agriculture en nouveaux matériaux pour l’industrie chimique, et le plus urgent, concevoir des plantes pour qu’elles produisent des biomasses fermentables plus facilement, sur la même surface de sol cultivable.

Dr. Mahmoud Solh : En raison de la complexité de ces problèmes à l’échelle à la fois globale, nationale et individuelle. Il y a des intérêts concurrents, notamment des considérations environnementales, économiques ou encore politiques. Pour protéger l’environnement, il faut disposer d’énergies plus propres. Les prix élevés du pétrole sont une justification économique pour produire des biocarburants, en particulier dans les pays où il n’y a pas de pénuries alimentaires. Politiquement, il est préférable de ne pas dépendre du marché du pétrole et des pays producteurs. En même temps, les défis que présentent la sécurité alimentaire mondiale et les marchés agricoles internationaux nécessitent une politique plus équilibrée et plus claire sur les biocarburants.
Les « facteurs-moteurs » sont très différents dans les pays en développement et développés. Dans les régions où les ressources en eau et en terre sont faibles, la « nourriture » est et devrait rester le moteur clé. Par exemple, dans les régions sèches, le détournement de l’eau pour produire des biocarburants réduit la quantité d’eau disponible pour produire de la nourriture et fait augmenter les prix. Pourtant, pour le producteur, le retour sur investissement pour produire des biocarburants est parfois plus intéressant que la production d’aliments de base.
Par conséquent, les gouvernements ont besoin d’une politique qui permette d’équilibrer leurs propres besoins en nourriture et en énergie. Parallèlement, il est essentiel de définir une position claire sur les biocarburants au niveau mondial si l’on veut pouvoir satisfaire la demande croissante de la production agricole.

N’hésitez pas à contribuer par vos commentaires et suggestions sur chacune des questions : ils seront utilisés lors de la conférence !

Vous pouvez suivre notre fil RSS ou notre compte Twitter pour suivre les publications en direct.

Pour plus d’informations sur cette conférence :

Crédits photo : Argonne – Creative Commons

Classé dans : Agriculture Croissance Environnement Témoignages
Mots-clefs :, , , ,


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

4 réponses à "Les biocarburants, opportunité ou illusion ?"

  1. quand on parle de biocarburants il faut être plus précis car les bioéthanols et les biodiesels sont des biocarburants mais qui n’ont absolument pas les mêmes enjeux en terme d’exploitation. Les biodiesels peuvent se développer sur des terres non agricoles et nécessiter peu d’eau pour pousser. Mais les groupes pétroliers sont loin d’être prêts à développer les biodiesels qui représentent une rupture sratégique contrairement aux bioéthanols. Donc on fait l’amalgame et les biocarburants ne sont pas bons car déstructeurs de céréales alimentaires. Pas un mot sur les plantes pouvant fournir des biodiesels. Donc on garde la main et on fait tout pour que le projet  » Yasuni-ITT  » ne puisse pas trouver de financement.

  2. Madame, Monsieur,
    Je ne doute pas de votre volonté de trouver des solutions pour irradier la faim, avec quelques personnes (Français et Malgaches) nous avons mis en place une structure de travaux agricoles orientée sur la préparation des sols avant semis et plantations.
    Nous sommes implantés au sud ouest de Madagascar entre Tuléar et Morombé à Ankilimalinika exactement.
    Dans cette région, de nombreux terrains sont abandonnés par manque de moyens et de force physique également.
    Comment voulez vous que les gens mécanisent l’agriculture quand le prix du litre de Diesel Oil coûte 2200 Ar (1€ environ) et le salaire d’un ouvrier agricole quand il trouve du travail est payé 25 € par mois et cet homme à beaucoup de chance d’avoir un travail même à ce prix.
    Divers organisations nous ont fait croire au miracle en nous proposons de faire du reboisement comme WWF (Projet SEESOO Toliara 2008 / 2001) ce projet prévoyait de planter sur 1000 hectares des arbres de différentes essence en réalité le budjet à été détourné , des gens incompétents, aucun suivi échec total malversation….. Idem pour le projet de CEM (Green Energy Madagascar ) là aussi ce programme prévoyait de planter des jatrophas pour faire du biodiesel……les terrains ont été défoncés, aucun résultat et tous ces gens nous ont laissés seul avec nos terres défoncées, idem pour PGME (programme Germano Malgache pour l’Environnement, même scandale que WWF que du copinage, que des combines.
    A Toliara, la Maison des Paysans à aucun moyen, nous n’avons aucun débouché pour notre production en dehors des marchés locaux, à Madagascar, pas de possibilité de transformer nos produits, dans la région ou nous sommes, la culture du coton à été abandonné suite au départ de hasima, actuellement aucun repreneur les chinois semblent être intéressés là c’est la pire des solution pour nous les Malgaches.
    Il y avait cette année le Projet FRDA Pilote ( Fonds Régional du Développement Agricole), avec l’UE ce programme a distribué quelque charrues à zébus pour travailler des centaines d’hectares ces pauvre zébus n’ont même plus à manger en dehors des cactus …..pour votre information, les gens adultes et enfants mange des mangues vertes qu’ils font bouillir de manière à pouvoir les manger et quand il n’y a plus de manques c’est les figues de barbarie , le riz est inabordable.
    Bonne lecture , Cordialement.
    Il faut que vous sachiez que sans une vrai structure

  3. Merci à vous Maminiaina et Senot pour vos commentaires et suggestions, ils seront évoqués lors de la conférence !

  4. Je soulève votre attention concernant l’accaparement de terres dans les pays du Sud souvent sous couvert de produire des agrocarburants, « sponsorisés » par des subventions/rentes de nos politiques, dévastant des terres et souvent abandonnés en cours selon la variation du court du baril de brut. (voir exemples ci-dessous: chroniques et enquêtes réalisées à la demande de la FAO/Alliance Internationale Contre la Faim et la Malnutrition – voir URL)

    Qui sont ces « accapareurs » et pourquoi ?
    Les pays investisseurs prétextent assurer leur propre sécurité alimentaire et énergétique, et ne pas disposer chez eux de telles ressources (eau, terre, énergie) (Arabie Saoudite, Qatar, Bahreïn, Corée, Libye, Chine, Pays du Golfe, EAU, Egypte, Malaisie, Inde, Japon, Koweït, …).

    Au rang de ces investisseurs privés, plusieurs pays du Nord (Allemagne, Suède, …) voient leur intérêt dans l’achat de biens fonciers à bas prix ou avec des baux emphytéotiques à 1€/an sur 99 ans sans impôt foncier, une main d’œuvre locale donnée, une défiscalisation partielle ou totale des activités et des biens de l’entreprise par l’état hôte, des terres adaptées à la production d’ agrocarburants et des subventions/rentes de nos politiques. (Exemple avec la directive Energie renouvelable du parlement européen de décembre 2008 : atteindre les 10 % d’agrocarburants d’ici 2020 malgré l’impossibilité de les produire sur les terres européennes, produisant un effet de rentes sur les terres lointaines).