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[Lu ailleurs] Entretien avec les frères La Tullaye : deux explorateurs à la (re)découverte de l’eau…

Publié par Objectif Développement , le

Lors de nos pérégrinations sur les réseaux sociaux et les blogs, nous sommes tombés sur les frères La Tullaye : ces deux passionnés ont tout lâché pour se consacrer à la réalisation de documentaires sur l’eau et ils sillonnent le monde à la recherche de réponses depuis maintenant 8 ans.

L’eau comme le dit Loïc, le scientifique de l’équipe, est un sujet à la fois universel et très complexe dans lequel entrent en compte de multiples dimensions.

Retour sur une passion avec Loïc, en duplex depuis le Kenya une des étapes de leur expédition dans le grand Rift cet été !

Les deux frères devant les sources du Nil à la sortie du Lac Victoria à Jinja en Ouganda - Expédition Grand Rift (expédition actuellement en cours) Geoffroy à gauche et Loïc à droite

Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer ce que vous faites en Afrique cet été ?

Loïc La Tullaye : Nous sommes deux frères, l’un issu d’une école de commerce, et l’autre ingénieur agronome. En 2002 nous avons décidé de faire le tour du monde.

Nous sommes désormais réalisateurs de films documentaires ayant pour thématique centrale l’eau. En 2003-2004, nous avons fait un tour du monde et traversé 36 pays, et réalisé un maporama.

Puis, entre 2006 et 2008 nous avons réalisé un documentaire sur le fleuve Yang Tsé.  En 2009, un autre sur la route de la soie où nous avons montré le rôle de l’eau depuis les premiers échanges économiques jusqu’à la mondialisation.

Le fleuve Yang Tsé

Le fleuve Yang Tsé

Cette année, un itinéraire en Afrique, dans le Grand Rift, berceau de l’humanité, s’est imposé pour traiter de l’adaptation des modes de vie à la ressource en eau. On peut imaginer et retracer la vie des premiers hommes à travers notre itinéraire et constater comment le mode de vie des hommes s’est adapté et a évolué en fonction des ressources en eau qu’il a trouvé sur son passage.

Dans le désert, les nomades, dont le mode de vie correspond à celui des premiers hommes, ne consomment que 3 litres d’eau par jour, alors qu’en Europe on en consomme environ 150 litres.

 

Avant de prélever de l'eau, cette femme vide la flaque pour la "nettoyer" (si du bétail est passé ou des enfants ont joué dedans). Elle ne font pas bouillir l'eau en cette saison : "car puisqu'elle vient du sol elle est pure"- Expédition Grand Rift

La disponibilité en eau permet aux populations de se développer : de passer du nomadisme à l’élevage par exemple. C’est une bonne chose, mais comment l’humanité, dont la population continue d’augmenter, va-t-elle continuer à pouvoir abreuver ses 9 millions d’habitants alors que les ressources en eau diminuent et ne sont pas disponibles partout ?

C’est ce que nous cherchons à comprendre à travers nos films, en donnant des pistes de réflexion. Nous ne cherchons pas à moraliser les spectateurs ou à donner des solutions toutes faites mais plus à les responsabiliser, à les faire réfléchir à leur impact sur l’environnement.

Par exemple, en France, plus de 40% de l’eau de surface ou souterraine est polluée. Notre mode de vie, qui consomme sans doute trop d’eau, ou, qui la consomme mal va devoir changer, s’adapter. Nous essayons donc de trouver des réponses à ces questions à travers le documentaire que nous réalisons actuellement.

Nous voyons nos expéditions comme des voyages initiatiques, c’est-à-dire que nous n’avons pas de théorie préconçue. Notre esprit se forme au fur et à mesure des rencontres et du voyage. Nous essayons de comprendre comment fonctionne le monde !

Pourquoi avoir choisi le thème de l’eau en particulier ?

Quoi de plus universel que l’eau ? Nous avons choisi de faire notre tour du monde en 2002 autour de cette thématique car nous voulions donner à ce projet égoïste qu’est un tour du Monde, une dimension universelle grâce à une cause qui nous dépasse.

Par ailleurs, à l’époque où nous avons commencé nos expéditions, le thème de l’eau était d’actualité car 2003 était l’année internationale de l’eau. Et puis au fil du temps et des voyages, nous nous sommes réellement passionnés pour ce thème très complexe et dans lequel de nombreuses dimensions entrent en compte : sociologiques, politiques, économiques et écologiques…

Ouzbékistan - Expédition Kachgar

De plus, les connaissances sur la manière de préserver cette ressource indispensable sont encore minces. En France, par exemple, les eaux sont très polluées car on n’a pas su éviter que cela ne se produise. Nous espérons avec nos films contribuer à une meilleure connaissance de l’eau et des moyens de la préserver.

Nous travaillons d’ailleurs en collaboration avec l’IRD[1] qui valide les théories qui émergent de nos recherches.

Où êtes-vous en ce moment ? Quelle est votre prochaine étape ?

Nous étions précédemment en Ouganda où nous avons étudié le « cycle de l’eau » à l’état de nature en quelque sorte, puis en Tanzanie, où nous avons côtoyé des tribus de chasseurs cueilleurs et de pêcheurs dont le mode de vie correspond à celui des premiers hommes : ils se déplaçaient en fonction des ressources disponibles et vivaient donc de ce que l’environnement leur donnait naturellement.

Sur la route en Ouganda - Expédition Grand Rift

Nous sommes actuellement à Nairobi au Kenya; nous nous sommes penchés sur les méthodes d’élevage des agriculteurs locaux qui migrent en fonction de la disponibilité en eau et nous allons maintenant chercher à comprendre quelles réponses peuvent être données à la sécheresse dont ils sont si souvent victimes.

Nous continuerons ensuite notre voyage en direction de l’Ethiopie, du Soudan, et de l’Egypte, pour finir par la Jordanie et Israël. Autant de pays où l’eau est une ressource précieuse et rare et qui développent des solutions pour d’adaptation à leur environnement.

Quels sont vos projets à moyen et long terme ?

Nous avons monté une agence de communication spécialisée sur les problématiques liées à l’eau. Dans ce cadre, nous aidons les entreprises qui le souhaitent à mettre en place des politiques de RSE en rapport avec l’eau (pour les aider à économiser l’eau par exemple). Et puis, bien sûr, nous voulons continuer à faire des films documentaires sur l’eau !

Un message pour les lecteurs du blog AFD ?

De bien garder à l’esprit que le développement et l’aide sont des notions complexes…On veut aider, apporter quelque chose et notre mode de pensée, de fonctionnement ne sera pas toujours adapté à ce qui se passe sur le terrain. Mais qu’est-ce que l’aide et qu’est-ce que le développement ? Sommes-nous sûrs que notre développement correspond à celui dont a besoin une culture, une civilisation différente de la nôtre ?

A travers nos voyages, nous constatons que beaucoup de projets d’aide ne sont pas utiles car ils sont comme des plâtres sur des jambes de bois, et sont souvent inadaptés à la population à laquelle ils s’adressent.

Or, pour aider efficacement, il faut d’abord écouter l’autre, réaliser une étude comme le ferait un sociologue, afin que l’aide apportée soit vraiment efficace et adaptée.

+ Lien vers le site des Frères La Tullaye

Geoffroy en train de filmer - Expédition Kachgar

 

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