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[Conférence] Villes du Sud, villes de demain

Publié par Objectif Développement , le

Dans le cadre de l’exposition qui célèbre ses 70 ans et qui se tient à Lyon en ce moment, l’AFD organisait mardi soir, en partenariat avec la ville de Lyon et dans les locaux de l’hôtel de ville, une conférence intitulée « Villes du Sud, villes de demain ».

La séance, qui s’est déroulée sous forme d’une table ronde entre les intervenants (lien infra) puis d’une intervention plus détaillée du secrétaire général de CGLUA, était présidée et animée par Patrice Berger, Directeur des activités internationales de l’agence d’urbanisme pour le développement de l’agglomération lyonnaise.

Les villes, acteurs centraux du développement

Les acteurs du Sud s’accordent sur un constat de départ : les villes du Sud sont des lieux privilégiés du développement de leurs territoires. Avec l’émergence de pouvoirs locaux au Sud, suite à la décentralisation entre 1990 et 2000, les villes deviennent un acteur complémentaire des dispositifs de coopération au développement.

Patrice Berger insiste sur le fait que « les villes sont l’avenir » : si la forte croissance à laquelle elles sont confrontées porte en elle des enjeux de taille, elle représente un défi à relever. Les villes ne sont pas condamnées à leur état présent. Au contraire, elles deviennent acteurs de leur changement en innovant et possèdent de nombreux atouts, qui ont été présenté aux 70 personnes issues du monde de la coopération décentralisée, du développement urbain et des milieux académiques qui assistaient à la conférence.

L’exemple de Medellin et son métrocâble

Le projet de rénovation urbaine de la ville de Medellin en Colombie, soutenu par l’AFD, est un très bon exemple qui a permis à Sarah Marniesse de présenter nombre de ces avantages auxquels les villes du Sud peuvent faire appel. Le maire élu en 2003, issu d’un mouvement civil, est à la base du projet consistant à inventer un nouveau modèle, celui de l’urbanisme social. Il repose sur quatre changements clefs :

  • tourner la page de la violence (Medellin était l’une des villes d’Amérique du Sud les plus dangereuses, devant Rio) ;
  • redonner confiance dans la politique (en engageant massivement les ressources sur les quartiers les plus pauvres) ;
  • placer le citoyen au cœur du projet (il est investi du travail de redéfinition du modèle urbanistique) ;
  • changer la vie des plus humbles en leur donnant le plus beau.

Le projet a permis de désenclaver les parties de la villes qui étaient isolées, de redéfinir l’espace public et d’ancrer l’éducation comme racine de la construction du capital humain. C’est tout d’abord une volonté, un leadership politique fort et une coordination institutionnelle inscrite dans une système régional efficace soutenu par des ressources et compétences propres qu’il a fallu développer, mais aussi par celles des partenaires extérieurs comme l’AFD. La participation des citoyens au projet a mis en avant l’atout constitué par une population nombreuse, jeune et dynamique qui souhaite s’investir dans le développement et la gouvernance de son territoire.

Les potentiels des villes du Sud face à des défis de taille

Les intervenants ont tour à tout présenté ce qui leur semble être les atouts et les freins des villes du Sud dans leur dynamique de développement. Les faiblesses par exemple – même si le mot « frein » est préféré – sont davantage perçues comme des défis, et les villes du Sud possèdent les atouts nécessaires pour les relever.

Malgré le manque de ressources financières de la part de l’État, la décentralisation a permis un transfert de compétences vers les pouvoirs locaux et de traiter les problèmes à un niveau adéquat. En outre, si les ressources financières des villes sont limitées, celles-ci développent leur capital humain et s’appuient sur une population nombreuse, jeune et de plus en plus éduquée.

L’un des plus importants défis auxquels doivent faire face les villes du Sud est celui de la croissance démographique. La ville de Bamako par exemple, connait une croissance annuelle de 5,4 % (contre 1 % au mieux en France). Cela représente 160 000 habitants de plus par an, soit une ville équivalent à Villeurbanne ! L’enjeu est donc de gérer l’urgence, tout en planifiant afin d’éviter d’accumuler les erreurs, comme les villes du Nord ont pu en commettre.

Le principal atout des villes du Sud, c’est d’être des villes, justement : elles sont des gisements de productivité, habitées par des populations dynamiques, avides de changement et qui représentent des marchés potentiels en plein développement. Ces perspectives permettront d’ « amener la ville d’une situation de crise à une situation d’espoir », comme le souligne Hamidou Berthé de la ville de Bamako.

Recentrer le débat sur la dimension psychologique du développement urbain

Pour Jean-Pierre Elong Mbassi, secrétaire général de Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique, il faut nécessairement recentrer la réflexion dans une dimension plus culturelle, plus psychologique pour ne pas « tomber dans la facilité statistique ». La forte croissance des villes du Sud ne signifie pas que celles-ci doivent dans le futur ressembler aux villes du Nord. Ainsi, l’idéal au Sud est devenu la ville nouvelle : l’endroit où l’on a le plus de chances d’accéder aux équipements, à l’emploi, aux infrastructures, à la culture, à l’éducation. Or faire des villes du Sud de « pâles copies » de celles du Nord consisterait à oublier leur culturalité.

M. Elong Mbassi identifie ainsi quatre éléments structurant de la réflexion :

  • La reconnaissance de la ville au Nord comme au Sud, d’horizon de l’habitat humain, puisque la majorité de la population vit dans les villes ;
  • La ville doit être le lieu privilégié pour apporter une réponse crédible au défi écologique puisque les choix d’occupation de l’espace, de consommation d’eau et d’énergie sont au cœur de la bataille du climat et du développement durable ;
  • Au Nord comme au Sud, la ville est devenue le théâtre de la « dissociété » : l’espace urbain construit au départ pour unir les populations, est de plus en plus ségrégué. L’enjeu est donc de faire en sorte que les villes redeviennent des espaces communs de vie, pour tous leurs habitants, en faisant en sorte de refuser les discriminations et les exclusions, en admettant le rôle de la culture pour recréer et renforcer les liens sociaux ;
  • Enfin, la ville subit une grave crise de gouvernabilité attestée partout par la faible participation aux élections locales, par l’incivisme fiscal et par la mauvaise réputation de cette fiscalité. Il ne faut pas perdre de vue que la démocratie locale n’est pas la chose la mieux partagée au monde : elle est une conquête à mener.

En conclusion

Les villes sont désormais un acteur incontournable du développement du Sud. Si elles font face à de nombreux freins ou défis, elles possèdent les atouts pour les relever. La coopération internationale apporte un soutien indispensable et la coopération décentralisée entre pouvoir locaux permet notamment de mettre en place des partenariats aux bénéfices multiples et mutuels puisque Nord et Sud sont de plus en plus interdépendants. Les acteurs des villes doivent donc replacer la culture au centre de leur action afin de répondre au mieux aux besoins et d’adresser la question de la crise la gouvernabilité.

Intervenants

  • Hubert Julien-Laferrière, adjoint au Maire de Lyon et vice-président du Grand Lyon en charge de la coopération décentralisée
  • Sarah Marniesse, chargée de mission pour le développement urbain à l’AFD
  • Moukaram Oceni, Maire de Porto-Novo (Bénin)
  • Hamidou Berthé, de la ville de Bamako (Mali)
  • Christian Sozzi, de l’Agence d’urbanisme pour le développement de l’agglomération lyonnaise
  • Jean-Pierre Elong Mbassi, secrétaire général de Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLUA)

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Une réponse à "[Conférence] Villes du Sud, villes de demain"

  1. je me suis rendue a l expo dimanche à marseille
    quelle super idee d avoir fait de cette journée un jeu qui a permis à beaucoup de personnes de participer car ca les a oblogier à lire tous les panneaux
    pour pourvoir répondre aux questions.
    je suis sortie de là ave énormement de peine pout tous ce gens là et surtout les enfants et je me suis dit quelle chance tu as de vivre dans un pays libre
    et développer.
    bonne courage pour la suite et encore bravo à tous les organisateurs de cette manifestation.