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Au Tchad, l’accompagnement psychosocial des populations déplacées est une priorité

Publié par Objectif Développement , le

Parler de développement, la plupart du temps, c’est évoquer des projets d’agriculture, d’infrastructures ou d’accès à l’eau, tant ils représentent des services de base indispensables à un développement pérenne. L’amélioration des conditions de vie est certes une composante majeure des projets que mènent les agences de développement telles que l’Agence Française de Développement (AFD) et les ONG, mais la question du bien-être psychosocial des populations, souvent mise de côté ou oubliée, est, elle aussi, cruciale.

Les déplacements de populations dus aux guerres engendrent d’autres violences

À Goz Beida, ville de l’est du Tchad proche de la frontière soudanaise, les populations subissent depuis près de 20 ans les conséquences des nombreux conflits armés. Ainsi est apparu le problème des populations déplacées, fuyant la guerre ou la famine, et se retrouvant rapidement dans des camps de réfugiés qui eux-mêmes créent de nouveaux défis : communautés forcées de se côtoyer, dialogue entre les parties difficile sinon impossible, promiscuité, sont autant d’obstacles à une reprise de la vie quotidienne sereine. Cette juxtaposition de groupes de personnes n’ayant parfois que peu de points communs, ajoutée au traumatisme vécu lors d’un conflit armé et le déplacement qui s’en est suivi impose de recréer un environnement favorable à l’écoute, à la confiance et au dialogue entre les communautés.

« Le traumatisme provoqué par des conflits extrêmement violents conduit certaines personnes à développer des troubles anxieux ou de l’humeur, type dépression, à ne plus croire en l’avenir, à se replier sur elles et ainsi à se désocialiser, voire à être sujettes aux addictions à des substances psychoactives. » estime Thierry Liscia, responsable du traitement psychososocial à la cellule Prévention des crises et sorties de conflits de l’AFD.  « On estime généralement que 60% des personnes s’en sortent grâce à leurs ressources propres, au soutien de leurs proches, ou à celui de la communauté ; 10 % vont développer des troubles lourds qui relèvent de la psychiatrie. Enfin 30% des personnes deviennent fragiles, vulnérables, et peuvent, si l’on n’y prête pas attention, développer à terme ce type de troubles. »

C’est pourquoi l’AFD a décidé de lancer un volet d’accompagnement psychosocial pour l’aide au retour de ces populations déplacées. Cet accompagnement a été mis en place et est animé par l’ONG italienne COOPI. Cette dernière intervient au Tchad depuis 1994 dans des programmes à but sanitaire et elle va désormais gérer la phase 2 d’un projet de stabilisation à l’est du pays dans la région du Dar Sila.

Des groupes d’entraide et des temps d’écoute pour améliorer les relations humaines et surmonter les traumatismes

Sur la base d’un projet de réhabilitation des services de santé, l’Agence Française de Développement et la COOPI vont donc contribuer à réhabiliter des hôpitaux mais aussi des lieux dédiés à ce travail d’appui psychosocial. Ce travail se réalise à travers des groupes d’entraide dans lesquels sont impliqués les chefs de village, et une écoute individuelle pour notamment assurer une meilleure participation de femmes, qui hésitent parfois à s’investir et à intervenir publiquement.

Au-delà de l’amélioration des services de santé primaires, ce lien social entre réfugiés, soutenus par les personnels des agences de développement et des ONG, contribue à régler les problèmes qui concernent plus directement l’humain et les relations. C’est une clé pour assurer un développement pérenne et résoudre les conflits, et ainsi permettre aux bénéficiaires de surmonter les tragédies auxquelles ils ont été confrontés.

Le gouvernement du Tchad considère l’accompagnement psychique très utile pour un retour à la normale

L’appui psychosocial a un impact sur la santé des personnes, notamment en permettant de détecter les personnes désocialisées, déprimées, ou même souffrant de troubles psychiques plus graves. La prise en compte de leur ressenti est un objectif affiché par le gouvernement du Tchad qui souhaite que les personnes déplacées puissent retrouver des conditions de vie normales après leur retour sur leurs terres d’origine.

Aller plus loin :

  • Lire l’interview de Jeanne Milleliri, chargée de projet au Tchad, et Thierry Liscia, responsable du traitement psychososocial à la cellule « Prévention des crises et sorties de conflits » sur le site de l’AFD ;
  • Visiter le site de la Cooperazione Internazionale.

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