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[Lu ailleurs] « Detroit je t’aime » ou comment une ville renait de ses cendres en mode ‘Do it Yourself’

Publié par Objectif Développement , le

Detroit, ville symbole, s’il en est, de l’ère productiviste, du travail à la chaine et de l’âge d’or de l’industrialisation occidentale, serait aujourd’hui et depuis près de 30 ans à l’abandon… Désertée de ses habitants, elle est maintenant le symbole de la faillite de l’utopie de Mr Ford et consorts. Il semblerait, pourtant, que ne ne soit pas tout à fait le cas, comme l’ont découvert Nora Mandray & Hélène Bienvenu, deux jeunes journalistes françaises qui se sont passionnées pour la renaissance de cette ville grâce à ses citoyens engagés. Ils sont en train d’y créer une nouvelle utopie, basée sur des valeurs opposées aux précédentes : communauté et artisanat contre individualisme et industrialisation. Et ça marche !

Nouvelles utopies urbaines

A l’origine d’un projet de webdocumentaire sur les « changemakers » (porteurs de changement) de la ville de Detroit, les deux jeunes femmes ont commencé par réfléchir à l’utopie urbaine à travers les villes nouvelles, à l’image de Brazillia, ville champignon devenue capitale économique du Brésil en quelques années.
Sur leur chemin, elles ont découvert Detroit, une ville plus ancienne, considérée comme ruinée dans tous les sens du terme mais dont les habitants, inspirés par les figures du mouvement pour les droits civiques (Martin Luther King) et le Black Power (Malcolm X) des années 60-70 ainsi que la philosophe contemporaine Grace Lee Boggs, ont décidé de reprendre en main leur destin collectif sur de nouvelles bases. « Nous avons été face à une véritable utopie en train de se construire devant nos yeux : après trois mois sur place à voir des habitants créer des projets communautaires et à y participer nous avons été véritablement convaincues de l’intérêt du sujet. » explique Hélène Bienvenu. La réalisatrice du documentaire, Nora Mandray totalement fascinée par cette ville « autonome » est quand à elle restée sur place pour continuer de filmer ses habitants à travers trois projets phares.

Symboles du « renouveau durable » de Detroit : le vélo et le jardinage !

Face à la pauvreté des habitants et au déficit de transports en commun, le vélo est devenu logiquement un moyen de transport privilégié pour se déplacer à travers la ville, par ailleurs plutôt plate bien que très étendue (3 fois Paris en superficie). Son usage se développe notamment à travers la mise en place d’ateliers de mécanique et de pistes cyclables, par des femmes engagées dans la lutte contre les discriminations de genres. Son usage par tout un chacun permet aux Detroiters de se mélanger davantage au delà des considérations raciales ou sociales.

Quand à l’agriculture urbaine, elle se développe considérablement dans l’agglomération du Michigan en réponse à la pénurie alimentaire. « Au départ les gens ont commencé à jardiner par nécessité, pour se nourrir, puis profitant des grands espaces libres disponibles dans la ville, l’agriculture urbaine communautaire s’est intensifiée et systématisée. Aujourd’hui les quartiers disposant de jardins collectifs sont très vivants et plus sûrs, et permettent aux habitants de se rencontrer. » Aussi chacun est libre de se servir et de contribuer à son tour au projet. Les nouvelles technologies ne sont cependant pas mises de côté pour autant puisque parmi les trois personnages suivis par les deux jeunes femmes, un hacker utilise le WIFI pour améliorer le « réseautage » entre les différents habitants.

« Retour à la grotte » ou pragmatisme ?

« Parmi les critiques que nous avons reçues, certaines personnes nous interrogeaient sur le « retour à la grotte » que semble prôner notre projet. Or, les habitants de Detroit ne rejettent pas la technologie, mais ils se « débrouillent » pour trouver des solutions à leurs problèmes immédiats : se nourrir, se déplacer, communiquer, améliorer les relations sociales. Ils agissent de manière pragmatique, en adéquation avec leur environnement et les possibilités qu’il leur offre. » raconte Hélène Bienvenu. Il semble en effet plus efficace de cultiver des légumes que de faire revenir les supermarchés en ville, où ils ont presque totalement disparus…et aussi d’utiliser les vélos pour se déplacer plutôt que de dépenser des sommes folles dans une voiture alors que la majorité des habitant est très pauvre !

Une friche qui attire les créatifs

« Detroit est considéré par les créatifs comme le nouveau Brooklyn, c’est le Berlin des États-Unis » explique encore Hélène. Attirés par des maisons à bas prix et les possibilités de création de petites entreprises, de nombreux jeunes artistes branchés choisissent aujourd’hui la ville pour venir y créer ou y ouvrir leur café-concert. L’esthétique mi-industrielle mi-poétique de la ville en ruines n’est pas non plus étrangère à ce mouvement.

Il faut cependant bien différencier du mouvement plus activiste et plus afro américain, de ceux qui, ayant pris conscience des dégâts causés par le productivisme, se battent pour sa reconstruction « autrement ». Pour autant d’après la co-auteur du projet, les deux populations n’ont pas forcément des intérêts opposés, la clé du futur de Détroit réside même dans la manière de les faire se rejoindre !

Un exemple universel ?

A l’image de l’industrialisation productiviste intensive dont elle a été l’exemple et face à ses ravages, Detroit se veut aujourd’hui le symbole d’une urbanisation plus durable, prise en charge collectivement par ses propres citoyens. La ville industrielle qui renait de ses cendres serait-elle le modèle de la ville de demain ? Face aux difficultés auxquelles vont faire face de plus en plus les grandes villes du Sud dont les habitants sont très pauvres et les pouvoirs publics très peu présents, on peut se poser la question et proposer de partager cette vision du monde…

Inspirés par les ruines de l’utopie américaine Do It Yourself (DIY) mais aussi par les grands mouvement sociaux afro-américains des années 70, les habitants de Detroit, très attachés à leur ville et à leur appartenance tentent de donner une valeur politique à leurs actions. Il ne s’agit pas seulement de « faire soi-même » (do it yourself) à l’image du self-made man américain mais de « faire soi-même ensemble » (do it ourselves).

Chacun participe et chacun bénéficie des projets mis en place…C’est dans cette optique que les deux journalistes ont souhaité mener à bien leur projet de Webdocumentaire « Detroit, je t’aime » : indépendantes, elles ont fait appel aux financements des internautes pour le faire aboutir (via une plateforme communautaire). Elles prévoient aussi le lancement d’une plateforme de DIY où chacun pourra partager ses bons plans…Une manière pour elles de « tester » la validité de cette utopie en provenance de Detroit ? En tous cas, vous pouvez vous aussi y participer en contribuant à votre échelle à son financement.

+ Le site de financement communautaire du webdocumentaire

+ Le blog qui présente le projet du film et raconte la ville
Et bien sûr un teaser :

On vous rappelle aussi que nous avons choisi pour le thème de notre concours photo de septembre le thème « Des villes et des Hommes »…
Et on se dit que c’est décidément d’actualité !
Copyright photos : Nora Mandray/ detroitjetaime.com

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Une réponse à "[Lu ailleurs] « Detroit je t’aime » ou comment une ville renait de ses cendres en mode ‘Do it Yourself’"

  1. que les mouvements humanitaires de la solidarité engageront le meilleure pour le developement humais et durables et aussi le soutiens au detroit envers tous les pauvres pays du monde