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Convergences 2015: vers une reconnaissance des quartiers informels ?

Publié par Objectif Développement , le

Du 19 au 21 septembre 2012, s’est tenu le Forum Mondial Convergences 2015.

Ce forum, qui a lieu tous les ans, vise à établir de nouvelles convergences entre acteurs privés, solidaires et publics pour lutter contre la pauvreté et contribuer à un développement économique, social et environnemental durable des pays du Nord et du Sud.
Les équipes de l’AFD, qui est partenaire de l’événement, ont assisté à de nombreuses conférences et débats, portant sur le développement et l’économie sociale et solidaire.

Du côté du blog Objectif développement, nous avons assisté à la table ronde : « L’urbanisation des pays en voie de Développement, quelles implications pour la pauvreté et l’environnement ? ».
Étaient présents à cette occasion :
-Alioune Badiane, Directeur, bureau des projets, programme des Nations Unies pour les établissements humains, un-Habitat.
-François Grünewald, Directeur général et scientifique, Groupe urD.
-Guillaume Josse, Directeur général du groupe Huit.
-Charles Josselin, ancien ministre de la Coopération et de la francophonie, vice-président du conseil général des Côtes d’Armor.
-Simon Compaoré, Maire de Ouagadougou, Burkina Faso

L’habitat précaire et illégal devient une forme urbaine dominante

Au cœur de ce débat, la question de la croissance démographique pose aujourd’hui des défis économiques et urbains inédits.
La croissance non planifiée des villes soulève le problème de la gestion et du développement des infrastructures (Eau, énergies, éducation, santé, sécurité) qui engendrent évidemment des problématiques environnementales.
Aujourd’hui, par exemple, 80% des eaux usées dans les pays en voie de développement ne sont pas traitées et déversées directement dans la nature.

Qu’appelle t-on qu’on un « quartier informel »?

Comme nous l’a expliqué Guillaume Josse, « Le terme « quartier informel » est impropre. Ce terme a une désignation large, qui va des bidonvilles à des quartiers tramés, sans réseau. Ils sont pourtant caractérisés par un point commun: aucun d’eux n’a les attributs d’une ville. Ces quartier sont en dehors d’un système d’organisation sociale. Bien qu’ils prennent plusieurs formes urbaines, ils sont caractérisés par leur besoin d’infrastructures. »

En effet, ces quartiers dits « informels » se sont constitués sans l’accord des villes, et ne sont donc, la plupart du temps, pas reconnus par les municipalités, ce qui représente un problème important, puisqu’ils n’ont accès à aucune de leurs infrastructures. Pourtant leur population ne cesse d’augmenter. A Lagos par exemple, un tiers, voir, la moitié de la population vit dans ces quartiers, ce qui représente 400 000 habitants au total. A Port au Prince on peut trouver des quartiers informels d’un demi million d’habitants insérés au cœur de la ville.

La reconnaissance, premier pas vers une réhabilitation.

Il y a, de fait, un réel problème d’infrastructures de base. Il n’y a dans ces quartiers, ni accès à l’énergie, ni à l’eau courante et donc, aucun système d’assainissement des eaux usées. Par ailleurs, l’énorme densité démographique dans ces zones et leur insalubrité entrainent de véritables problèmes de santé et d’éducation, explique Alioune Badiane, directeur du bureau des projets du programme des Nations Unies pour les établissements humains, d’UN-Habitat.
Le nœud de ces problèmes est la reconnaissance de ces quartiers : ces zones informelles n’étant cartographiées, il n’y a aucun recensement de la population, ce qui serait le premier pas pour comprendre et répondre à leurs besoins. « Les habitants de ces quartiers sont rayés de la vie sociale et politique et deviennent inexistants. » dénonce Alioune Badiane.

Pourtant, dès qu’il y a agglomération, il devrait y avoir une responsabilité de l’état et des collectivités envers les habitants. Si la reconnaissance foncière prend énormément de temps, il est indispensable de leur accorder une reconnaissance politique, avant toute chose, afin de pouvoir commencer à réfléchir des solutions, et de mettre en place une réhabilitation à partir de l’existant.

Aujourd’hui des lobbys se sont formés au niveau de ces quartiers, a expliqué le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré. Ils agissent auprès des élus locaux pour insérer cette population. À Ouagadougou, un projet de 15 millions d’euros, financé par l’AFD, a ainsi été mis en place pour que ces populations aient accès à l’eau courante. L’alimentation en eau est le signe d’un changement de statut de ces quartiers, mais au delà, cette démarche permet une reconnaissance et un début d’organisation. Amener l’eau implique un recensement plus complet des besoins de ces populations.

Une structure sociale existante à prendre en compte.

Aujourd’hui, 60% la population urbaine Africaine vit dans des zones précaires. Cependant, cette population ne fait pas que subir. Des structures sociales se mettent en place dans ces quartiers. Les habitants de ces « zones informelles » sont les premiers acteurs de leur changement.

Déplacer un bidonville pour tenter de reloger ces habitants est une solution souvent évoquée, mais elle est trop  simpliste. Il faut prendre en compte le fait qu’un bidonville, à l’instar de n’importe quel autre quartier, est également défini par l’activité de gens y vivent. Les déplacer à l’extérieur de la ville, par exemple,  est une solution qui les isolerait encore plus de leur cadre social.  Comme le précise Guillaume Josse, il est au contraire primordial  »d’insérer ces quartiers dans la ville, pour les désenclaver, créer du transport pour permettre aux habitant d’accéder à l’existant, à l’autre ville et par là même créer de la communication. »

Il est capital pour traiter les problèmes prioritaires de ces populations de commencer par écouter ces habitants. Ils ont des demandes très claires sur leurs besoins et bien souvent cherchent déjà à apporter des solutions à leur échelle.

Ce phénomène d’urbanisation extrêmement rapide, doublée d’une croissance continue, ne permet pas aux collectivités locales d’avoir le temps et les moyens de structurer les bidonvilles existants, tandis que de nouveaux se créent. En outre, l’aide internationale est indispensable, car ces collectivités ne peuvent supporter le coût des réhabilitations et des réponses d’urgence. Au Maroc, par exemple, 45% de la population des bidonvilles a pu être relogée, mais cela n’a été possible qu’avec une aide internationale de 1,5 milliard d’euros.

Il y a donc un véritable enjeu pour les populations locales de trouver des dynamiques de création d’emplois productifs dans ces villes. Tant que cette part de la population ne sera pas prise en compte dans l’économie des villes, il ne peut exister ni fiscalité urbaine, ni système de redistribution.  La solidarité dans ces « quartiers informels » est une réalité et il est indispensable pour apporter des solutions de considérer cette population non pas comme faisant parti du problème, mais bien comme faisant parti de la solution.

Aujourd’hui l’ampleur et la diversité des situations impliquent une réflexion sur « comment reconstruire de manière cohérente ». Cette réflexion passe par une question de gouvernance, et d’aide, mais avant toute chose par la reconnaissance et l’écoute des populations locales.

Pour plus d’informations

+ Retrouvez les enjeux de l’urbanisation des quartiers informels dans cette interview vidéo de Guillaume Josse.

+ Toutes les informations relatives au Forum Mondial Convergences 2015 et le bilan de cet événement.

Classé dans : Conférences Les défis du développement Villes
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