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Women’s Forum, sous le signe des OMD

Publié par Objectif Développement , le

Du 10 au 12 octobre 2012, s’est tenu à Deauville le Women’s Forum for the Economy and Society. Les Objectifs du Millénaire, et notamment l’accès à l’éducation (OMD 2), ont imprégné cette 8e édition riche et passionnante.

Récit de «notre» forum…
Cette année, le Women’s Forum a mis les femmes africaines à l’honneur.
Le thème général, «La croissance à 360 degrés», se voulait une invitation à réfléchir à une croissance plus qualitative, durable et équitable. Et ce fut le cas! De nombreuses idées fortes et innovantes ont émergé des sessions plénières comme des ateliers. La prise en compte dans notre modèle de croissance des enjeux du développement, de l’environnement (OMD 7), de l’éducation (OMD 2) et de la lutte contre les inégalités (OMD8) a été au cœur des débats.

1e journée
La séance d’ouverture a donné le ton d’une édition inspirante et engagée. Les deux prix Nobel de la paix Sherin Ebadi et Leymah Gbowee (lire notre article) ont encouragé les femmes du monde à se mobiliser et à avoir confiance en elles. Mais elles ont également parlé de la souffrance des femmes, des atteintes à leur intégrité et des privations de liberté. Pour Shirin Ebadi, le seul moyen d’accéder à l’égalité homme-femme (OMD 3) est l’éducation (OMD 2), la clé de la libération des femmes. «C’est dans les pays où les femmes ne sont pas éduquées que leur situation est la plus terrible» a-t-elle affirmé avant d’appeler toutes les participantes à soutenir Malala. Cette jeune afghane qui défend l’éducation des filles dans son pays venait d’être agressée par balle par les talibans. «Vous, les femmes éduquées, que faites-vous pour aider les jeunes filles qui se battent pour avoir accès à l’éducation ? Que pouvez-vous faire pour Malala?» a lancé l’avocate iranienne.
Leymah Gbowee, à son tour, a insisté sur l’importance de l’éducation (OMD 2), mais elle a souligné que dans certaines régions, l’école est l’endroit le plus dangereux qui soit pour les filles. Elles peuvent y être victimes d’agressions, de viols et d’exploitation sexuelle. Elle a insisté sur la nécessité de lutter contre les discriminations envers les filles au sein des familles (OMD 3), et d’inclure les femmes dans les négociations de paix.
Les deux lauréates du prix Nobel ont conclu, sous les ovations de la salle, en affirmant qu’«un échec pour une femme est un échec pour toutes les femmes», et qu’il n’y a qu’unies que les femmes pourront faire avancer les choses.

Quelques minutes plus tard, l’Agence Française de Développement (AFD) inaugurait son Knowledge Hub par une session sur le thème «Croissance et environnement». Un public nombreux et curieux a interrogé Véronique Reboud (chef de projet Biodiversité à l’AFD) et Catherine Garreta (directrice du département des appuis transversaux à l’AFD), après leur exposé qui a mis en avant les avantages, y compris économiques, qu’offre la préservation de la biodiversité et de l’environnement (OMD 7).

À l’espace «délégation africaine», Marguerite Barankitsé, fondatrice de Maison Shalom, a ensuite raconté son parcours exceptionnel. En octobre 1993, au pire moment des massacres au Burundi, celle que l’on surnomme la «mère Teresa africaine» a recueilli 25 orphelins. Aujourd’hui, elle a apporté son aide à plus de 30 000 enfants, fondé un hôpital, une banque et des écoles. Maggy, de l’avis de tous, est la personnalité qui a le plus œuvré pour la réconciliation entre hutus et tutsies dans son pays. Elle a présenté son action et affirmé sa foi en chaque être humain : «Tous les jours, je dis à mes enfants : agissez, vous êtes des acteurs du changement, pas des victimes. Il n’y a pas de fatalité!».

La ministre du droit des femmes et porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, venue clôturer cette première journée, a encouragé les 1 400 participant(e)s de toutes nationalités à «ne pas se laisser enfermer dans les stéréotypes». Elle a annoncé la volonté du gouvernement français de «repenser profondément la place des femmes dans notre économie», avant de rappeler que «l’école reste le nœud de l’égalité homme-femme». Et d’affirmer que «Les femmes sont des hommes comme les autres. Et inversement!»

2e journée
Après un débat portant sur «Quel modèle de croissance pour l’Afrique?», la deuxième journée a donné lieu à un remarquable échange, très applaudi, entre Cherie Blair, présidente de la Fondation pour les femmes et Sanjit Bunker Roy, créateur des Barefoot College.
Bunker Roy a témoigné de son action auprès des «grands-mères» africaines qu’il forme en tant qu’ingénieures solaires. En 2010, une centaine de «grands-mères» ont ainsi donné accès à l’énergie solaire à plus de 700 villages et par là amélioré les conditions de vie de milliers de personnes. «Je forme les grand-mères, car contrairement aux hommes elles ne quittent pas leur communauté pour aller chercher du travail ailleurs. Elles sont plus patientes, plus habiles, et elles contribuent au développement local» a expliqué Bunker Roy.

Dans son intervention sur «Croissance et urbanisme» au Knowledge Hub, Sarah Marniesse, chef de projet urbanisme à l’AFD, a démontré, à partir de l’exemple de Medellin en Colombie, qu’un projet d’urbanisme (OMD 7) peut améliorer durablement la vie des habitants d’un quartier, à condition que ceux-ci soient associés et impliqués dans le projet.

La fondation Sanofi espoir a présentés des initiatives innovantes pour réduire les inégalités en matière de santé (OMD 5, OMD 6) et rappelé l’importance de l’accès à la vaccination pour les enfants (OMD 4). Tandis que, à l’espace «Délégation africaine», Henriette Gomis-Billon, secrétaire générale de la fondation Orange Telecom Côte d’Ivoire, répondait à la question «Pourquoi les femmes africaines adoptent-elles les nouvelles technologies?». Après avoir exposé les actions de la fondation, toutes en faveur des femmes et des enfants (santé maternelle et infantile, construction de latrines, scolarisation, alphabétisation, accès aux nouvelles technologies…), elle a souligné que les femmes africaines analphabètes, qu’elles soient rurales ou urbaines, sont aussi des actrices du développement dans leurs communautés.

À l’issue du foisonnant débat sur «Croissance et inégalités», la journée s’est achevée par la remise des Cartier women’s initiative awards. Sélectionnées parmi plus de 1000 candidates issues de 80 pays, les 6 lauréates ont reçu un an d’accompagnement personnalisé et un financement de 20000 dollars pour développer leurs projets, qui rivalisaient de créativité, notamment dans les domaines de la santé publique et du développement durable.

3e journée
La troisième et dernière journée a commencé par un débat sur «la valeur de l’eau» au cours duquel Ania Grobicki, du Global Water Partnership, a rappelé qu’en Afrique, chaque année, les femmes et les filles passent 60 millions d’heures à aller chercher de l’eau ! Et que l’accès à l’eau (OMD 7) est donc synonyme de gain de temps, d’une meilleure santé (OMD 6), de plus d’efficacité économique et d’éducation pour les femmes et les filles (OMD 2).

Juste après, une table ronde sur «Comment changer le dialogue sur l’égalité des sexes en Afrique?» a réuni 5 femmes africaines (entrepreneurs, scientifiques, politiques, militantes), parmi lesquelles Letty Chiwara (chef de la division Afrique à l’UNIFEM) et Theo Sowa (directrice du African Women’s Development Fund), autour d’un même message d’espoir et de l’affirmation du potentiel des femmes. Là encore, le mot clé a été l’éducation, ainsi que la justice sociale et la lutte contre les inégalités.
Le débat sur «Le réel pouvoir des femmes» a quant à lui permis à Maggy Barankitsé, Raymonde Goudou Coffie (ministre de la Famille, de la Femme et de l’Enfant de Côte d’Ivoire) et Dolly Mokgatle (femme d’affaires sud-africaine) de démontrer que l’alphabétisation et la microfinance permettent aux femmes d’être plus proactives. La ministre ivoirienne a estimé que «les femmes jouent un rôle phénoménal dans la transformation du pays».

Le dernier knowlegde Hub de l’AFD avait pour thème «La croissance et les femmes dans les pays en développement». Hélène Charton-Bigot (directrice du département capital humain et genres au MAE) a estimé qu’on ne peut pas faire de réels progrès en matière de développement sans autonomisation des femmes et des filles (OMD 3). Elle a expliqué que donner de l’argent aux parents (afin de compenser ce que leur fille gagnerait en travaillant) est souvent une solution efficace pour envoyer les filles à l’école de façon durable.
Catherine Bonnaud (chef de la division santé à l’AFD) a rappelé que 215 millions de femmes n’ont pas accès à planification familiale et à la santé reproductive (OMD 5), et qu’ «il est urgent de promouvoir un accès universel». Elle a précisé que dans de nombreux pays 1 dollar dépensé pour la santé reproductive permet d’économiser 4 dollars, et que le contrôle de la fertilité et la santé reproductive sont au cœur des enjeux du développement.
Une fois encore, le public s’est montré réceptif, et plusieurs participantes ont demandé aux intervenantes comment agir en tant que citoyennes et prendre en compte ces questions dans leur vie professionnelle.

Le prix Women for education, créé par la fondation ELLE, avec les fondations Sanofi espoir et Orange, a été remis à l’association EAST (Eau, Agriculture et Santé en milieu Tropical) pour son projet à Madagascar qui vise à renforcer l’alphabétisation de femmes nommées «messagères sanitaires» et à les former aux nouvelles technologies de l’information pour faire évoluer plus rapidement les comportements de la population locale en matière d’hygiène, d’assainissement et de santé communautaire.

Lors de la séance finale Lindiwe Mazibuko, Christine Ockrent, Clara Gaymard et Melanne Verveer ont à nouveau lancé un appel à soutenir Malala.
Lindiwe Mazibuko, l’une des jeunes leaders du parti d’opposition en Afrique du Sud, a rappelé qu’« il est fondamental de donner confiance aux jeunes filles, que les femmes aient confiance en elle pour que ça se transmette aux nouvelles générations ». Et pour Melanne Verveer, ambassadrice américaine pour les droits des femmes dans le monde, «l’égalité des sexes est le défi du XXIe siècle. C’est comme ça que le monde ira mieux!»

Après que le public ait salué une «une fantastique édition du Women’s Forum», la présidente, Véronique Morali, a rejoint les intervenantes pour clôturer l’événement. Elle a estimé que Éducation, Innovation, Croissance, Créativité, Femmes et Afrique étaient les idées fortes de ce 8e Women’s Forum.

De nombreux autres débats et échanges ont eu lieu, sur l’économie, la gestion de la crise, les nouveaux indicateurs de croissance, les femmes et les réseaux sociaux, la place des femmes dans les médias, la place des femmes en Chine, la génération Y, etc.
L’année prochaine, les femmes de l’Est seront à l’honneur de l’édition 2013 du Women’s Forum.

En savoir plus
Women’s Forum for the Economy and Society
Agence Française de Développement

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