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[Conférence] « Réunir les solitudes »: Handicap International réconcillie les Rwandais à travers des projets générateurs de revenus

Publié par Objectif Développement , le

Lors de la conférence « Conjuguer lutte contre la pauvreté, cohésion sociale et santé mentale » à l’AFD, Handicap International a partagé les résultats de son projet « Réunir des solitudes ».

Suite au génocide au Rwanda, ce projet vise à recréer,  un lien social et communautaire autour «d’activités génératrices de revenus ».


 

Une problématique issue d’un traumatisme individuel et sociétal.

Au Rwanda, le génocide de 1994, a profondément attaqué les rapports de confiance et a totalement déstabilisé l’équilibre collectif. Aujourd’hui encore, de nombreuses personnes restent recluses chez elles, vivant dans une méfiance totale envers leurs propres voisins.
Depuis Janvier 2007, Handicap International et ses partenaires sont engagés dans le projet « Réunir des solitudes », reposant sur une approche de santé mentale communautaire. Pour apporter une solution à cette « réclusion volontaire », l’ONG a élaboré une pratique qui retisse et répare le tissu social déchiré par toutes sortes de violences. Ce projet offre la possibilité de recréer un environnement collectif autour « d’activités génératrices de revenus ». Ces activités constituent une « médiation », afin que l’individu redevienne actif.

Des activités choisies par la communauté, pour la communauté.

Handicap International a souhaité monter ce projet sans amener ni financement, ni matériel, afin de faire comprendre aux populations qu’elles possédaient déjà en elles les ressources pour apporter des solutions aux problèmes qu’elles vivaient.
La construction d’un projet de santé mentale communautaire s’informe de son environnement, géographie, économique, culturel et politique, en ce sens, Handicap International s’est employé à définir des « médiateurs », référents au sein des populations, afin de créer une cohésion autour de ces personnes de confiance.
Chacun de ces « médiateurs communautaires » a pu dès lors créer un groupe de partage et d’accompagnement.

Ces groupe ont permis de verbaliser des problématiques et de réactiver le tissu social pour apporter des solutions. Dans de nombreux cas, il est apparu qu’il était indispensable, pour reconstruire une estime communautaire, de pouvoir répondre à des besoins primaires qui n’étaient pas satisfaits.

Il a donc été décidé de mettre en place, des « activités génératrices de revenus ». Un des groupe a, par exemple, créé un collectif ou chacun investi 50 francs par mois.

La somme, mise en commun, a permis aux membres du groupe d’acheter du charbon, de le revendre et de faire fructifier le pécule de base. Il a ensuite été remis à la disposition des participants sous forme de prêt. Chacun a donc pu emprunter à la communauté pour monter un projet personnel : par exemple devenir chauffeur de taxi en achetant une moto ou un vélo.

Ces comptes ouverts dans ces « banques communautaires » et les intérêt des prêts permettent ainsi d’augmenter le capital commun.

Grâce aux activités mises en place avec le support d’Handicap International, la communauté a acquis de nouvelles compétences et s’est renforcée. Les individus ont a ainsi pu réapprendre à vivre avec autrui autour d’un projet commun.

Ils ont aussi appris élaborer un projet générateur de revenus en partant d’une analyse des forces et des opportunités présentes dans l’environnement (social, communautaire ou familial).

L’impact de cette démarche est donc double. Elle a permis à la fois de prévenir au niveau individuel, les risques de décompensation ou de dépression sévère et de redynamiser, au niveau communautaire, les ressorts de solidarité et d’entraide garants d’une cohésion sociale suffisamment protectrice pour la santé mentale des individus.

Redonner au « groupe » tout son sens.

Les sociétés pré-coloniales ont déjà connu ce type de traumatisme psychosocial. C’est dans ce genre de cas que la « logique du groupe » prend tout sens.
Le docteur Naasson Munyandamutsa a expliqué pendant la conférence, comment dans ce genre de situation, la communauté devenait une réponse dans le dérapage de la société.

En effet, avant la colonisation, la notion d’individualité n’existait pas. La « matrice groupale » permettait une reconnaissance des traumatismes. L’individu et sa souffrance n’étaient pas isolés. Il y avait, au contraire,  une tentative d’appropriation de ce traumatisme par le groupe. La personne qui souffrait devenait un porte-parole, mais aussi un symptôme de ce qui n’allait pas au niveau communautaire. Aujourd’hui le projet d’Handicap International véhicule les mêmes valeurs.

Une autre approche de la « réconciliation »

A la fin du génocide le concept de « réconciliation » est venu d’une démarche politique locale soutenue par la communauté internationale. Cette démarche a été assez mal perçue car imposée trop tôt, par les mauvaises entités.

En ce sens, le Dr Naasson Munyandamutsa estime que la réconciliation a commencé de manière assez indécente. Pourtant l’enjeu est de taille, puisqu’il est indispensable de trouver une alternative à l’isolement quand les victimes des différents clans vivent ensemble. C’est pourquoi le projet Handicap International propose de « demander justice pour un génocide qu’on ne peut, au quotidien, ni punir ni pardonner, en se réappropriant la parole au sein du groupe. »

Un Projet qui repose sur la libre circulation au sein de la communauté.

Comme l’explique Guillaume Pégon, de Handicap International, ce projet fonctionne par étapes : pour commencer, créer une relation individuelle avec les personnes recluses chez elles, puis, identifier des problématiques communes entre deux personnes qui ne se connaissent pas; et enfin, mettre en place des activités, chacune privilégiée à un moment donné.

Les activités ne sont pas créées par l’ONG : c’est le consensus du groupe qui prend l’initiative. Elles sont issues d’une démarche volontaire commune aux membres de la communauté. Il ne s’agit pas de forcer qui que ce soit à rentrer dans le groupe, mais au contraire d’offrir liberté et autonomie au sein d’un environnement social.

Répliquer et pérenniser

Cela fait maintenant 7 ans que le projet est en place et il commence à  fonctionner de manière autonome. Il est construit pour évoluer indépendamment de Handicap International. Identifier les acteurs locaux et les mettre en contact a fait partie des activités principales mises en place par l’ONG. Il lui a fallu six ans pour passer d’une action directe à une action indirecte et devenir un simple passeur de relais. Même si l’on voit se dessiner une replicabilité, le manque de moyens reste un frein au développement du projet.

Pour assurer une pérennité et une action à l’échelle du pays tout entier, l’ONG considère que le projet doit s’inscrire dans un plan de santé gouvernemental.

Intervenants:
-Augustin Nziguheba, Chef de Projet Santé Mentale Communautaire.
-Elodie Finel, chargée de capitalisation à Handicap International.
-Dr Naasson Munyandamutsa, Pshychiatre-Psychothérapeute, Directeur adjoint de l’Institut de recherche et de dialogue pour la paix.
-Guillaume Pégon, Référent Technique Santé Mentale et Protection à Handicap International.

Aller plus loin

Qu’est ce que « la santé mentale communautaire »?, par Guillaume Pégon, Référent Technique Santé Mentale et Protection à Handicap International.

+ Toutes les actualités de Handicap International.

 

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