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Miel d’Oku, poivre de Penja et café Ziama Macenta : les trois premières Indications géographiques protégées africaines au Salon de l’Agriculture de Paris

Publié par Objectif Développement , le

Du Cameroun, on connait surtout les bananes, exportées dans le monde entier, mais saviez-vous que dans certaines plantations se cache la liane du poivre blanc de Penja, très apprécié par les gastronomes ? Plus au nord, dans les forêts tropicales montagneuses d’Oku, un miel unique, presque blanc est cultivé depuis le moyen âge.
Ces deux produits, ainsi que le café Ziama Macenta de Guinée, au goût fin et puissant, ont été reconnus et bénéficient aujourd’hui du statut « Indication géographique protégée » (IGP) afin d’être mis en valeur et protégés dans les 16 pays africains membres de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI). Du 23 février au 6 mars 2013, les représentants des producteurs de ces régions viendront faire la démonstration de ces mets d’exception, au cours d’ateliers organisés pendant le Salon international de l’agriculture à Paris. A travers un parcours personnalisé, ils auront également l’opportunité de rencontrer des acteurs influents de la gastronomie française avec lesquels ils pourront échanger autour de leurs produits.

Les produits en détail

Le poivre de Penja est cultivé dans les basses terres tropicales de la région éponyme. Il proviendrait de Malaisie, d’où il aurait été importé en transitant par l’ancien Congo belge, puis il a été adapté par les méthodes de culture locales. Alliées aux qualités du terroir volcanique de Penja, elles lui donne son goût unique. Bien que toutes les couleurs existent pour ce poivre (noir, vert et rouge) ; celui de couleur blanche est de loin le plus apprécié des gastronomes pour son piquant, son goût relevé et un arôme très particulier, à nul autre pareil.

L’aire géographique du Poivre de Penja se situe sur les reliefs collinaires du sud du mont Koupé entre la région du Littoral et celle du Sud-Ouest du Cameroun. Elle est constituée des territoires des Communes de Manjo, Loum, Njombé/Penja, Mbanga, Mombo et Tombel, situés entre 100 et 500 mètres d’altitude et sur sous-sol basaltique de l’ère quaternaire.

La schefflera, l'une des plantes à partir de laquelle les abeilles produisent le miel d'Oku

Le miel d’Oku est récolté grâce à des méthodes ancestrales, dans la forêt tropicale de Kilim-Ijum, entre 2000 et 3000 mètres d’altitude.
Remarquable par sa couleur blanche à crème, il a une grande valeur médicinale et il était traditionnellement récolté de manière individuelle, essentiellement par les hommes. Mais depuis 20 ans, les choses ont changé : les femmes, formées aux techniques d’apiculture peuvent désormais s’y consacrer, tandis que des coopératives et des associations se sont regroupées pour la production et la vente de ce miel.

La forêt de Kilum-Ijim est une forêt montagneuse protégée. Elle fait l’objet d’un programme de gestion communautaire géré par l’organisme d’aide au développement du Royaume-Uni (DFID). Culminant à 3011 mètres d’altitude, elle couvre une superficie de 20 000 ha et offre une exceptionnelle biodiversité : richesse floristique, oiseaux endémiques, éléphants et singes uniques s’y côtoient.

Les abeilles n’y vivent pas spontanément : les apiculteurs les y transportent et installent les ruches dans des arbres, après qu’elles aient été colonisées dans la plaine. Les qualités du miel sont liées à la forêt et surtout à deux espèces végétales dont les fleurs sont butinées par les abeilles, à savoir le Schefflera abyssinica et le Nuxia congesta. Son gout est sucré et légèrement acide, sa texture douce, crémeuse et légèrement granuleuse.

Le café Ziama Macenta de Guinée, est un café robusta aux qualités exceptionnelles, proches de celle de l’Arabica. Cultivé en Guinée forestière sur le Mont Ziama, aux confins du Liberia et de la Côte d’Ivoire, le café Ziama Macenta est un robusta particulier : sa saveur est acidulé et peu amer. Il se distingue par ses arômes persistants, à la fois forts et fins.

La qualité de ce café dépend fortement des opérations de récolte et de post-récolte. Les cerises doivent être récoltées de manière sélective à maturité en trois passages. Elles sont triées par trempage puis séchées au soleil avec des remuages réguliers. Le séchage se fait essentiellement au soleil sur claies pendant trois semaines. Les cerises sèches sont ensuite décortiquées mécaniquement en évitant les brisures.

Selon de nombreux témoignages des anciens, « au temps des colons, les collecteurs passaient longtemps à Macenta pour augmenter la qualité de leur mélange ». Le café de Macenta a ainsi acquis une notoriété auprès des importateurs et des torréfacteurs durant cette période. Il est encore utilisé aujourd’hui pour relever la base des cafés de plus mauvaise qualité.

Les zones d’influence du mont Ziama sont situées dans le sud-est de la Guinée, dans la Préfecture de Macenta et couvrent les sous-préfectures de Orémaï, Sengbédou, Sérédou, Fassankoni, Kouankan et Zébéla. C’est une zone de forêt tropicale humide, d’une altitude moyenne de 570 mètres, caractérisée par l’alternance d’une saison sèche et d’une saison pluvieuse. Le café occupe une superficie moyenne de 160 000 hectares. La superficie moyenne par producteur est d’un hectare.

Regrouper les petits producteurs pour faire face à la mondialisation

La reconnaissance officielle des indications géographiques est un enjeu important pour l’Afrique, et plus largement pour les pays en voie de développement : elle permet la reconnaissance et la protection des savoirs-faire et des terroirs et en tant qu’outils de développement économique.

Face à la mondialisation de l’économie, en se regroupant pour créer des IGP, les petites exploitations familiales peuvent mettre en valeur la qualité des produits issus de leur terroir et profiter de la mondialisation plus que la subir.

L’enjeu principal est donc de développer l’économie de ces régions par l’intermédiaire des organisations de petits producteurs : leurs capacités commerciales sont renforcées grâce à l’appui de consultants locaux. Ils interviennent en particulier sur le renforcement des capacités des représentants de ces communautés en matière de stratégie marketing et commerciale. Ils sont accompagnés pour la préparation du cahier des charges et la définition de l’aire géographique, ainsi que sur l’élaboration des modalités de contrôle.

En outre, la formation dont ils bénéficient les conduit à « mieux maîtriser la qualité de leur produit, ainsi que la quantité ; elles les incitent à produire mieux, plus et, de surcroît, à se parler et penser leur activité économique comme intégrée à l’ensemble des dimensions de leur terroir (et notamment le lien avec la nature et avec leur culture). Il s’agit d’un acte d’identité positive, une identité reconnue et valorisante. » explique Jean-Luc François, responsable du Développement agricole à l’AFD.

Les acteurs

L’OAPI est maître d’ouvrage du Projet d’Appui à la Mise en Place d’Indications Géographiques (PAMPIG), financé par l’Agence Française de Développement (AFD) et appuyé par les chercheurs du Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique (CIRAD).

Résultat d’une collaboration étroite engagée dès 2001 entre l’OAPI et plusieurs entités, ce projet s’est concrétisé en décembre 2005, par la tenue à Ouagadougou de la Conférence Ministérielle sur les Indications Géographiques. De cet événement sont issus l’adoption d’une déclaration sur les indications géographiques et un plan d’action.

Des missions d’appui d’experts internationaux et locaux ont eu lieu sur la définition de l’aire géographique, et l’élaboration des modalités de contrôle. Elles ont montré la nécessité d’une mission de caractérisation organoleptique (basé sur la perception des sens) et de formation de jurys d’agrément des produits concernés.

Si vous avez tout compris, participez à notre quiz pour gagner l’un des 10 invitations mises en jeu pour rencontrer les producteurs et déguster leurs produits le 25 février au salon de l’agriculture : c’est par là !


A lire pour en savoir plus :

- Indications géographiques : qualité des produits, environnement et cultures : télécharger le PDF
- Les trois premières Indications géographiques protégées (IGP) africaines
- Le site Indications géographiques protégées
- Sur le blog du RAJAD : Cameroun : des producteurs de cacao et de poivre se frottent les mains
- Sur le site de l’institut de recherche agronomique de Guinée : Le laboratoire de technologie du café Ziama de Sérédou : un patrimoine à consolider

Crédits photos : Shefflera , poivre blanc de Penja Je Wanda Magazine et Le Blog du Rajad, Caféiers de Guinée : Institut de Recherche de recherche Agronomique de Guinée

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