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[Photo de la semaine] « Margarita » de Sandri’ne

Publié par Objectif Développement , le

Pour la septième semaine de concours, c’est la photo de Sandri’ne qui a conquis le coeur des internautes. Les mains usées – mais toujours coquettes ! – d’une femme âgée, ayant travaillé toute sa vie. Mais laissons la parole à l’auteure.

Margarita de Sandri'ne est la photo de la 7e semaine du concours "Terre de Femmes"

Quel est votre rapport à la photo ?

Photographe autodidacte, je suis hispaniste de formation (spécialiste de la culture hispanique). A travers une fragmentation du réel, j’essaye de saisir le milieu qui m’entoure. Si certaines de mes photos répondent aux critères de la photographie de rue proprement dite, d’autres sont des autoportraits ou des mises en scène. L’ensemble tend à offrir au regard une mosaïque de saynètes, d’objets, de personnes et d’instants hétéroclites, dans une perspective humaniste.
Par ailleurs, ma formation littéraire et mon intérêt pour la culture hispanique transparaissent dans mon travail qui s’en inspire parfois directement. Le texte est une composante essentielle dans certaines de mes séries dans lesquelles les mots sont intimement liés aux images…

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette photo?

Il s’agit des mains d’une vieille dame rencontrée dans le cadre de mon projet: « Les mains-portrait ». Ses mains abîmées, ridées, gonflées aux ongles cassés, révèlent dans ce contraste émouvant entre souffrance et coquetterie, un combat placide contre le temps qui passe inexorablement. Ce sont des « mains-portrait » d’une femme qui témoignent du travail qui les a forgées.

L’un des aspects qui m’intéresse ici est comment l’après donne à voir l’avant, comment l’image d’un moment recèle la mémoire des moments passés. En ce sens, les mains qui gardent la trace de notre activité (alors que notre visage semble plutôt garder celle de nos émotions), sont comme une métaphore de la photographie, « réservoir scellé de temps », pour reprendre une expression de Tarkovski. Je ne sais pas s’il est vrai qu’on a, à un certain âge, le visage qu’on mérite, mais nos mains, toujours liées à notre activité professionnelle, témoignent de ce que nous en avons fait dans notre vie.

Dans l’image en question, la dimension du temps est au moins triple : d’abord le moment de la prise de vue, avec une lumière spécifique, moment où les mains sont au repos ; ensuite un temps relativement court qui se manifeste dans cette manucure qui n’a pas résisté à l’activité manuelle ; enfin le temps d’une vie entière passée à travailler, au travers de cette évidente vieillesse. La présence du vernis sur les mains de Margarita m’a particulièrement touchée, car il symbolise la détermination de cette femme à lutter, envers et contre tout.

 

Que vous a inspiré le thème « Terre de femmes » ?

« Terres de femmes » : A travers la polysémie du mot « terre », cet intitulé a ouvert deux pistes qui se croisent dans les mains de Margarita. Terre que l’on cultive et terre où l’on naît. Le travail de la terre se lit aux sillons creusés dans les doigts de cette femme, qui par ce travail-même détermine le territoire auquel s’attache la famille. C’est dans la terre et dans la femme que s’enracine la vie. Rendre hommage à ces deux principes féminins, telle a été ma perspective.

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